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CHRONIQUE PAR ...

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Lotus
Cette chronique a été mise en ligne le 06 août 2015
Sa note : 18/20

LINE UP

-Jus Osborn
(chant + guitare)

-Liz Buckingham
(guitare)

-Rob Al-Issa
(basse)

-Justin Greaves
(batterie)

TRACKLIST

1) Eko Eko Azarak: I) Invocation II) Ritual
2) We Live
3) Flower Of Evil a.k.a Malfiore
4)
Another Perfect Day
5) The Sun Has Turned To Black
6) Saturn's Children


DISCOGRAPHIE


Electric Wizard - We Live
(2004) - doom metal stoner enfumé et envirant - Label : Rise Above



Il est rare de rencontrer des contes de ce genre… Sans princesse, sans amour ni émotions euphoriques. Ce conte-ci ne fut jamais raconté pour maintes raison : trop vrai, terrifiant, enivrant. Les adjectifs manquent, mais il est grand temps de le délivrer. Sortez les chaises, le thé glacé et l’herbe, et ouvrez grand les oreilles.

Alex et son pote Armand marchaient longuement, le pas traînant et l’œil pourpre. Le soleil n’était pas, à la place, une masse goudronneuse, brûlante et bouillonnante projetant des gerbes de lave d’un rare éclat. La température devenait insupportable, l’air au ras du sol ondulait et dansait au rythme du soleil. Tout fondait, les nuages était fait de colle et le sol de graisse imbibé de suie. L’eau n’y faisait rien, s’évaporant à l’instant même où elle atteignait la gorge du jeune homme… La marche dura une éternité, leurs membres se décomposaient et formaient une bouillie orangée ne laissant que les os apparaître. Une carcasse de truck fut le St-Graal, le point d’ombre un tant soit peu confortable permettant aux 3 potheads de se ressourcer. Les sièges étaient graisseux, l’endroit empestait l’essence et le caoutchouc calciné et la température de cette cage dépassait celle de l’eau en ébullition. Maigre consolation : au moins le soleil n’était pas en mesure de les atteindre. La radio-cd fonctionnait, bon sang ! Alex sorti tun CD poussiéreux de son sac à dos : We live en était le titre, suivant Dopethrone, Alex était sûr et certain que ce disque allait changer leur vie, et l’ambiance dans la caisse, entre autre.
La musique une fois lancée, Alex faisait apparaître une feuille dans sa main droite et un quart d’once d’herbe d’une qualité remarquable, grasse, résineuse et à l’odeur lourde et corsée. La première bouffée fut inexplicable, le cerveau doubla de volume et prit l’apparence du liquide le plus visqueux sous l’effet de ces riffs lents et pachydermique. La jeep semblait emplie d’un lait fantomatique, l’air se faisait de plus en plus rare à l’intérieur, les visages d'Alex et Armand semblaient enflés, rouges et leurs yeux étaient aussi alertes qu’un vieux sourd. La pâle lumière jaunâtre qui se faufilait à travers cette épaisse étoffe de fumée changea de couleur à la tombée de la nuit, un mauve vaporeux vint le remplacer, magnétique, odorant, hypnotique… La musique commençait à agir sur eux, ils virent leurs esprits imploser, laissant place à un infini vide cosmique dans lequel planètes et galaxies étaient incroyablement espacées. Alex pouvait se mouvoir dans ce noir violet bizarrement baigné d’une lumière douce. Il avançait à la recherche de ses camarades, le sol était lunaire et laissait transparaitre un torrent d’une masse verdâtre sombre. Tout bascula en un instant quand le poste cracha "Another Perfect Day".
Le break en milieu de morceau, déversant un riff occulte, simple mais à la texture infiniment complexe, ravageait tout sur son passage, le vide se fendait de toute part, les planètes explosèrent en un bouquet coloré d’une rare violence formant une onde de choc assourdissante et le sol n’était plus : la chute ne se termina jamais. Armand ne parlait pas, ses yeux vitreux cerclés d’un rouge cramoisi fixaient quelque chose d’intrigant au loin. Trois silhouettes se détachèrent de la ligne d’horizon, parfaite, comme enrobées dans du goudron chaud. A mesure qu’elle avançait dans le désert, le soleil vira au noir, ses rayons périssaient, sa couleur se voyait broyée tout comme sa chaleur mortelle. Les silhouettes apparurent devant lui, respirant silencieusement, visages et corps cachés dans des robes d’une religion inconnue, serties de signes incompréhensibles. Les portes s’ouvrirent, et une main lisse et tiède prit la sienne, l’invitant à quitter le véhicule. Il s’exécuta, la peur l’emplissait, il tremblait mais l’herbe lui coupait toute envie de tenter une évasion. La carcasse, les dunes et le sable s’engouffrèrent dans un trou formé aux pieds d’Armand, il ne broncha pas et se laissa couler au fond du néant le plus pur emportant avec lui l’univers tout entier.


Pas de fin heureuse, uniquement un noir complet laissant apparaître de temps en temps des gouttes ascendantes de mercure. La réalité, c’est qu’Alex et Armand ont été portés disparus. Le désert fut fouillé sans succès. Néanmoins, une légende raconte qu’à endroit précis du désert, en collant son oreille sur le sol, il est possible d’entendre une personne très lointaine chuchoter dans une langue inconnue.


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