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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 02 octobre 2015
Sa note : 16/20

LINE UP

-Elliot Desgagnés
(chant)

-Christopher Bradley
(guitare)

-Dennis Bradley
(guitare)

-Justin Rousselle
(batterie)

TRACKLIST

1) The Surface
2) Society's Disposable Son
3) The System's Failure
4) The Stench Of Misery
5) Untitled
6) Modern Age Slavery
7) The Invisible Hand

8) Better Off Dead
9) Long Forgotten
10) Sleepless

DISCOGRAPHIE


Beneath The Massacre - Mechanics Of Dysfunction
(2007) - death metal Brutal deathcore ultra-technique - Label : Prosthetic Records



2007. En pleine période de déferlante deathcore, certains groupes vont tenter de s’extirper de la masse uniforme et souvent sans saveur. Tout comme leurs compatriotes de Despised Icon, les Québécois de Beneath The Massacre vont réussir à sortir leur épingle du jeu. Après leur EP Evidence Of Inequity de 2005, qui avait plutôt laissé une bonne impression, les Royalmontais sortent leur premier album par l'intermédiaire de ce Mechanics Of Dysfunction. DOLIPRANE ou DAFALGAN fortement recommandés.

« This is the sound of human waste ». Ce n’est pas un hasard si ces mots sont les premiers choisis par Beneath The Massacre pour amorcer cet opus. A quoi cela sert-il de vous préciser que l’album s’ouvre brutalement puisqu’il va également finir brutalement ? En fait, il va être brutal de part en part. Sans jamais s’arrêter. Trente minutes tout pile de sauvagerie et de massacre. Mais attention, pas celle du grindcore qui n’a ni queue ni tête, non. De la sauvagerie toute relative. Bien sûr, tous les poncifs du deathcore sont passés en revue ici, à commencer par les breakdowns sur "The Surface" (2’12), "The Invisible Hand" (2’14), et leur profusion sur "Long Forgotten" (1’04, 1’47 et 2’47). Sont également présentes des chansons un peu plus mélodiques et dignes d’une écoute plus approfondie comme le tube de l’album "Society’s Disposable Son" et son riff de refrain qui reste facilement en tête. La progressive, technique et polyrythmique "Modern Age Slavery" vaut également le détour, ainsi que "The Invisible Hand" qui contient un passage très sympa à 1’19, basée sur un jeu alternant sweeping, tapping et harmoniques, créant une sorte de dialogue entre les instruments. Mais malheureusement, les mauvais côtés sont présents, et sont plutôt à ranger dans le côté « brutal » que « deathcore ». Certaines chansons ne sont que des successions de blasts, voire gravity blasts, de riffs ultra rapides à base de shreds sans intérêt et sans mélodie. "Better Off Dead" et les deux premières minutes répétitives et linéaires de "The Stench Of Misery" en sont les « meilleurs » exemples. Ce n’est donc pas la peine d’aller consulter un otorhinolaryngologiste pour vos tympans et vos oreilles. Le fait qu’ils soient tous boursouflés au bout d’une demi-heure, c’est la moindre des choses.  Et il fallait bien une production allant de pair avec la bestialité des Canadiens. Oh, cela doit très certainement être lié à celle de Yannick Saint-Amand (Despised Icon et Misery Index entre autres) ainsi qu’au mixage de Pierre Rémillard (les autres Canadiens de Cryptopsy et Kataklysm, ainsi que les brésiliens de Krisiun). Bref, pas des petits clients quoi, mais bien des brutes qui ont besoin d’un son décent pour exprimer leur créativité.

Malgré ce son phénoménal, si vous n’adhérez pas à cet album, c’est que vous êtes encore trop optimiste par rapport au monde qui vous entoure, et que vous n’avez pas compris le message que veut faire passer la formation. Car c’est bien là le but de Beneath The Massacre, justement. Représenter la société dans laquelle nous vivons tous. Une société froide, aliénée, mécanisée et donc mécanique mais surtout hyperrapide. Enlever toute humanité possible. C’est assez réussi non ? De toute façon, cette question vous a traversé l’esprit à un moment ou à un autre, quand vous avez tenté de vous focaliser sur le jeu de Justin Rousselle. Mais oui, c’est bien un Homo Sapiens de la famille des Hominidae et de l’ordre des Primates. Si les instruments ne nous avaient pas mis la puce à l’oreille, allons voir ce qu'il en est du côté des paroles, car avec la voix assez écrasée d’Elliot Desgagnés, le comprendre n’est pas une mince affaire. La plupart des titres sont assez parlants comme "The Invisible Hand", "Modern Age Slavery" ou "The System’s Failure", dans laquelle BTM se décrit lui-même comme une des failles de la société : « The system failed and we’re here to prove it now […] We are the failure ». C’est effectivement la ligne directrice. L’ordre mondial, l’état malade de la société actuelle sont remis en cause. Les messages sont donc plutôt encourageants et optimistes la plupart du temps, exceptés quelques chansons comme le début de "The Stench Of Misery" ou "Better Off Dead", et son thème du suicide et du renoncement, sont plutôt pessimistes voire défaitistes. On appréciera même la possible référence au Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley dans "Long Forgotten". Même l’interlude instrumental "Untitled" dénonce la société vide de sens et la consommation de masse par son titre. Un monde dans lequel rien ne peut plus se distinguer et où nous sommes appelés à devenir des numéros. Et si vous pensez que l’album délivre un jeu froid et sans émotions, allez les voir sur scène si vous en avez la possibilité, car vous allez vite vous rendre compte de votre mauvaise appréciation. Le jeu de Dennis Bradley sur sa six cordes (sans médiator s’il vous plaît) est tout bonnement hallucinant. De par mon expérience, j’aurais même tendance à opposer la présence scénique des Montréalais, au jeu de scène d’un Animals As Leaders qui, pour le coup, est on ne peut plus glacial. Un comble. Si vous n’avez pas le temps ou les moyens, écoutez "Sleepless" qui, à défaut d’être bonne, a le mérite de délivrer des riffs techniquement torturés mettant bien en exergue son titre.

J’avoue avoir quelque peu menti, il y a bien un petit moment pour souffler et reprendre sa respiration en plein milieu de l’album, mais grosso modo, si vous faites de l’asthme à l'effort, passez votre chemin à la vue de ce Mechanics Of Dysfunction, sinon c’est votre propre mécanisme cérébral qui risque de dysfonctionner assez rapidement. En revanche, pour les amateurs de Necrophagist, Brain Drill, Abiotic, Burning The Masses, voire Rings Of Saturn, jetez-vous dessus.


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