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CHRONIQUE PAR ...

99
Droom
Cette chronique a été mise en ligne le 18 août 2015
Sa note : 15/20

LINE UP

-Dylan Desmond
(basse)

-Adrian Guerra
(chant+batterie)

TRACKLIST

1)  Suffocation, A Burial: I – Awoken (Breathing Teeth) 
2) Judgement, In Fire: I – Garden (Of Blooming Ash)
3) Suffocation, A Drowning: II – Somniloquy (The Distance of Forever)
4) Judgement, In Air: II – Felled (In Howling Wind)


DISCOGRAPHIE

Four Fantoms (2015)
Mirror Reaper (2017)

Bell Witch - Four Fantoms
(2015) - doom metal ambient funeral doom - Label : Profound Lore Records



C'est à ce moment précis que je compris qu'il me fallait partir, s'en aller de ces lieux impies. Qui aurait pu imaginer, alors, ce dont je venais d'être témoin ? Au-dehors, le monde continuait d'être le monde ; les gens continuaient leurs affaires, ne se doutant à aucun instant des terribles vérités dont je venais pourtant de prendre terriblement connaissance. L'homme est un animal curieux et la curiosité est un défaut ; or, tout défaut se paye un jour ou l'autre. La connaissance allait devenir mon fardeau. Aussi dois-je m'entretenir avec vous. Avant qu'il ne soit trop tard. Avant de sombrer définitivement.

Tout avait commencé par une musique, une mélodie qui douce, lente, et calme sortait de mes enceintes, comme propulsée par un phénomène physique nouveau - et non par celui devant conduire à la diffusion d'une onde dans l'espace. Ce que j'ignorais alors, c'est qu'au moment précis où je prenais connaissance de l'existence de cette mélodie, mon monde avait commencé à se déliter, à fondre sur lui-même. A moins que cela n'ait en réalité débuté dès ma naissance. A moins que cela n'ait commencé encore bien plus tôt. Avant. Avant. Avant. Cette fois, cette mélodie, c'était autre chose, quelque chose de supérieur que ce dont j'avais pu faire l'expérience auparavant. Vibrations. Chocs. Vibrations. Chocs. Il me semblait connaître tout ceci. L'information s'ancrait naturellement en moi tandis que les notes me traversaient de part en part comme autant de lances projetées depuis des temps immémoriaux. Une musique sourde. Une musique latente, potentielle, dangereuse mais réconfortante, contre toute-attente.
Répétitifs, quelques motifs graves, maternels, nés de ce que je supposais, dans mon référentiel habituel, être une basse, prenaient place dans l'espace. Le message était arrivé à son destinataire et, si j'ose dire, semblait le savoir ; aussi pouvait-il prendre le temps de se développer, lentement, en quatre longs mouvement qui m'évoquait tour à tour chacun des éléments : la terre, le feu, l'eau et l'air - tous liés par un ultime élément que je qualifierais aujourd'hui de néant. Rarement je n'avais été soufflé de telle manière. Je les voyais, ou plutôt les ressentait, au loin, se mouvoir dans la lente heure... Se mouvoir. S'émouvoir. Un peuple ancien et triste, habitant une dimension dont nul n'avait eu conscience jusqu'à présent. Imaginez : la répétition des mêmes scènes, néanmoins traversées en long par des bourdonnements. Parfois, l'un des habitants prenait la parole : claire, grandiose, cathédrale qui tenterait de ne pas se faire remarquer. Une cathédrale n'aurait, elle, guère eu de mal à se fondre discrètement au sein de ce paysage démesuré.
La frontière entre le monde tel que je le connaissais jusqu'à lors, et ce monde nouveau et terrible, n'existait plus. Je me souvenais avoir écouté de la musique ; pas être passé dans cet ailleurs, où j'étais pourtant. Ce monde nouveau ne me semblait pas, en soi, mauvais. Il émanait simplement de lui une humeur mélancolique, triste et monumentale. Les vestiges d'un univers tout entier semblaient hurler dans l'obscurité. Ces ruines gigantesques, et les êtres de cris et de silences qui les occupaient, m'accaparaient non par ce qu'ils étaient, mais par ce qu'ils impliquaient, de grandeur, de peines, de joie, de volonté et de beauté. Toujours au loin ces frappes régulières. Toujours ces motifs clairs entouré d'ocre, tendant vers la lumière. Toujours ces distorsions des formes et des mouvements. La lenteur partout. Le mouvement permanent, terrestre et imperturbable. Les forces d'une non-nature qui s'éprouvait à ressusciter un ayant-été, désormais rendu impossible par quelques forces obscures. La triste mélancolie des peuples du néant hurlait à mon oreille.


Soudainement ce fut trop et  je savais qu'il me fallait quitter les lieux. Sous peine de devoir partager pour l'éternité la splendeur désolée des paysages que je n'avais, dans ma folie, qu'entr'aperçus. Puis le retour, sans même le savoir. Depuis, pas la moindre extérieure trace de cet évènement. Le monde semble redevenu lui-même, loin de cet autre monde impie. En tout et pour tout, souvenir de cet horrible incursion au sein des possibles, mon regard semble luire d'une lueur différente.


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