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CHRONIQUE PAR ...

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Djentleman
Cette chronique a été mise en ligne le 21 juin 2015
Sa note : 17/20

LINE UP

-Ricky Hoover
(chant)

-Tesoro Protomartir
(guitare)

-Taylor Jones
(guitare)

-Bray Almini
(basse)

-Lars Diaz
(batterie)

TRACKLIST

1) Constant Urge To Kill
2) Force Fed
3) We Long For Your Blood
4) While They Sleep
5) Not The Fallen
6) Holiness Is Next To Filthiness
7) Power Of Submission
8) Taking Life

9) No Purpose In Life
10) Becoming The Nightmare

DISCOGRAPHIE


Suffokate - No Mercy, No Forgiveness
(2010) - hardcore death metal Deathcore - Label : Mediaskare Records



Attention, alerte ! Deathcore intempestif en approche ! Si vous n’aimez pas le style, fuyez pauvres fous ! Parce que Suffokate ne fait pas dans la dentelle. Leur came, c’est du deathcore pur et dur, et rien d’autre. Et en plus, il a eu le temps de macérer. Nos Californiens se sont bien fait désirer, puisque après un album en 2004 et un changement partiel de line-up, ils reviennent six ans plus tard pour hanter et envahir nos esprits candides et innocents.

D’après la fameuse et excellente Encyclopaedia Metallum, le groupe aurait choisi d’écrire son nom avec la lettre « K » pour rendre hommage aux groupes de néo-metal Linkin Park, KoRn et Limp Bizkit, dont la plupart des membres étaient très friands. Pourtant, si vous cherchez une once de ressemblance entre les têtes de gondole du « metal nouveau » et ce groupe de deathcore, vous n’en trouverez aucune, à part leur origine. Suffokate fait dans la brutalité. En même temps, pouvait-t-on sincèrement s’attendre à un clavier, une voix claire ou même un saxophone, avec comme titre d’album Pas de Pitié, Pas de Pardon ? Bien sûr que non. A la limite, No Deadtime, No Breathing aurait pu être tout aussi adapté à cette tuerie, qui ne nous offre presque aucun temps mort. Et oui, pour pouvoir survivre à cet album, j’espère que vous n’avez aucun problème respiratoire ou que vous êtes munis d’une bonne bouteille d’oxygène, car il va vous falloir prendre une très grosse bouffée d’air afin de tenir pendant un peu plus de trente-cinq minutes (et là vous exploseriez le record du monde de onze minutes trente-cinq, donc tentez votre chance !). « Don't look around for a rescue, 'cause we all want you dead. »
Ce qui est fort avec Suffokate, c’est qu’il représente le parfait stéréotype du deathcore. Entendez cette phrase comme positive, dans le sens où ils sont un pur compromis de death metal et de hardcore. Et par cette voie, les fans des deux genres s’y retrouvent ! Pour le côté death, ce sont les ambiances angoissantes et stressantes qui y règnent. Comme Cannibal Corpse, trois crans en dessous, bien évidemment. Mais ce sont aussi les quelques blasts gentillets présents sur l’album, à raison d’une chanson sur deux, ou les deux petits soli dont Pat O’Brien aurait pu être le géniteur (3’30 sur "While They Sleep"). En ce qui concerne le côté hardcore prédominant, il faut vraiment être sénile pour passer à côté. Bon, vous pouvez faire semblant de ne pas entendre les passages 2-step sur "Constant Urge To Kill" et sur la longue claque ravageuse qu’est "While They Sleep". Mais qu’en est-il des passages aux breakdowns massacreurs dans "We Long For Your Blood" et la très courte "Taking Life" ? Ou des instants beatdowns sur "Holiness Is Next To Filthiness" et "Power Of Submission" ? Vous n’y échapperez pas. Comme le dit Ricky : « There’s so many ways to inflict this pain. »
Un des rares défauts de l’album concerne la batterie qui est très peu mise en avant. Elle n’est vraiment là que pour l’accompagnement et ne peut prétendre à autre chose en raison de sa sonorité trop lisse. Elle sonne beaucoup trop « studio » et ne se fond que très peu avec le reste des instruments. Pour preuve, les quelques courts blasts dispersés à travers l’album ne sont même pas dérangeants et ne gâchent en rien le moment sur lequel ils interviennent, excepté ceux, horribles et mal maîtrisés, de "No Purpose In Life". A vomir. Pour la basse, c’est le même constat mais aggravé. Presque inaudible sur tout le disque, on ne discerne son existence que sur la fin de "Force Fed". Dommage, parce qu’elle a plutôt l’air de bien sonner. Quant à la grosse force du groupe, il est impossible de ne pas citer le frontman Ricky Hoover, avec tantôt une voix grave de dinosaure de type Tyrannosauridae, tantôt la voix aigüe d’un dinosaure de la famille Velociraptorinae. Une vraie voix de tueur en série, rôle joué avec brio dans cet album décrivant le ressenti et l’expérience de l’un d’entre eux. La folie, la rage et la violence s’emparent de nous petit à petit.
D’ailleurs, c’est normal, puisqu’il y a deux thèmes dominants. Tout d’abord... la violence ! Quelle surprise. Si on ne s’en était pas rendu compte jusqu’à "Holiness Is Next To Filthiness" et son agression à la gorge d’entrée de jeu, ainsi que son « Murder needs no justification », il fallait tendre l’oreille pendant la chanson d’ouverture qui indique le fil à suivre. « My new obsession is a constant urge to kill ». Sympa. Quand cet album ne voudra pas vous brûler (« Burn tonight, no one is left alive »), il vous torturera lentement (« The body can endure so much pain »). L’autre thématique est l’anti-religion. "Not The Fallen" n’est pas faite pour les quelques croyants qui se seront risqués à son écoute : « Religion is sickness; I'm the cure. Nothing is sacred. ». Sur les dernières pistes, se dévoile aussi un regard pessimiste envers la société actuelle ("No Purpose In Life" et "Becoming The Nightmare"). Cette dernière chanson est d’ailleurs un peu plus lente, à l’image de "Force Fed", mais plus atmosphérique et moins lourde que le reste de l’album. Comme la sensation de plonger dans un cauchemar. Bon choix pour clôturer cet album. « You hope it's over soon, it hasn't begun. »


Cet album est à écouter en cas d’accès de rage démentiel. C’est le seul moyen d’exorciser tous vos démons. Dotée d’une puissance phénoménale et d’une brutalité infernale, que vous soyez fans de deathcore ou non, vous trouverez forcément votre compte dans ce carnage sans nom. On est ici à l’apogée de l’œuvre de Suffokate, puisque l’album suivant verra le départ non-négligeable de l’homme aux écarteurs plus grands que sa tête. « I WILL HURT MANKIND. » Oui, ça, on l’avait bien compris Ricky.


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