16983

CHRONIQUE PAR ...

67
Silverbard
Cette chronique a été mise en ligne le 30 avril 2015
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-Torsten, der Unhold
(chant+guitare+claviers)

-René Schott
(batterie)

TRACKLIST

1) Figur 109-3
2) Der Tote Trakt
3) Kadavergehorsam
4) Verfall
5) Schlaf
6) Zorn
7) F15.2
8) Morgen
9) 16[485] / Brücke aus Glas

10) Figur 109-1

DISCOGRAPHIE

16[485] (2010)

Agrypnie - 16[485]



Avez-vous déjà lu le nom Agrypnie quelque part ? Vraisemblablement non. Pourtant le groupe teuton jouit d'une popularité toute sauf ridicule dans le milieu black metal de son pays d'origine, à un point qu'on se demande ce qui a pu bien se passer pour qu'un tel rayonnement ne parvienne à franchir le Rhin...

La langue, allez-vous me répondre du tac au tac... Il est vrai qu' Agrypnie chante exclusivement dans la langue de Goethe, mais on peut rétorquer que ça a toujours été le cas pour bon nombre de groupes allemands, particulièrement dans ce style, sans que cela soit pour autant un frein à leur succès... Mais après quelques recherches, la réponse saute rapidement aux yeux. Mis à part quelques dates en Autriche et en Suisse qu'on peut compter sur les doigts d'une main, Agrypnie s'est exclusivement contenté de concerts en Allemagne, et cela encore au bout de 10 ans de carrière et malgré la publication de 4 albums ! Pour ceux qui doutaient encore de la corrélation entre tournée et popularité, voici un exemple des plus probants ! La faute à qui alors ? Vraisemblablement au label Supreme Chaos sur lequel le groupe est signé, qui semble bien confidentiel et amateur au regard de la qualité musicale du groupe...
Car ne nous cachons rien, cette archive a avant tout pour but de réhabiliter la formation au rang qu'elle mérite et réparer l'injustice de cette insupportable confidentialité, alors que le groupe aurait les moyens de toucher bon nombre de gens dans nos contrées. Avant tout pour une raison simple, pusique Agrypnie brasse un grand nombre d'influences loin d'être honteuses. On peut penser à Imperium Dekadenz, Secrets Of The Moon parmi les artistes les plus similaires et aller chercher pour de plus vastes références du côté des vieux Katatonia pour les leads beaux à pleurer, ou encore Dark Tranquillity pour certains gimmicks mélo - "Schlaf" étant un bon exemple de ce mélanges d'influences. Si vous êtes un peu familier de la scène allemande, vous apprendrez avec sans doute une agréable surprise que Torsten, tête pensante de la bande, est également le frontman de Nocte Obducta, dont la réputation est légèrement plus élevée dans l'absolu, quoique souffrant en tout point des mêmes blocages d'exportation à l'international.
Mais passons à la musique car c'est bien elle qui nous intéresse. Dans la pleine tradition d'un black metal mélodique à l'allemande, on retrouve ces structures longues et mélancoliques alimentées de nombreux leads et rythmiquement très majoritairement en mid-tempo. Mais le groupe arrive avec un certain talent à définir une identité assez remarquable, d'une part à travers ce timbre de voix, écorché mais jamais growlé et d'autre part grâce à des arrangements de grande classe. Les nappes de claviers sont majestueuses et ajoutent un aspect épique et solennel aux compos, et les quelques incrustations acoustiques sont de toute beauté. Un véritable esprit d'équilibre et d'unité transpire de la galette, chaque riff semble placé au bon endroit et répété le bon nombre de fois, chaque blast n'est ni de trop, ni insuffisant, chaque break tombe exactement là où il devrait.
Bref, tout est bien senti et ce savoir-faire est clairement le principal point positif majeur de l'album. Parmi les titres phares se détachent nettement "Morgen" avec son riff qu'on croirait tout droit sorti de Brave Murder Day, au même titre que "Kadavergehorsam". Un des titres les plus représentatifs serait sans doute la pièce épique semi-éponyme "16[485] / Brücke aus Glas" résumant à merveille le panel d'émotions que l'on peut retrouver sur la galette. S'il fallait chercher du côté des points négatifs, il faudrait plutôt regarder du côté de la tracklist et voir le nombre peut-être trop important de titres, sachant que leur durée moyenne tourne autour des 8 minutes. Il n'est pas impossible qu'une fatigue apparaisse au bout d'un certain temps, surtout quand la musique sait se montrer à la fois touffue dans ses arrangements et lancinante dans ses développements.


16[485] se présente comme une excellente porte d'entrée au riche univers d'Agrypnie, qui saura ravir tous les aficionados de musique extrême mélodique, mélancolique et introspective. Sans aucun doute black metal dans ses caractéristiques musicales, mais pas du tout dans ses émotions ni dans ses apparences, on a presque envie d’apposer le qualificatif « progressif » à certains moments tant les compositions regorgent de multiples détails qui se dévoileront au fil des écoutes. Des petits gars plein de talent, à des années lumières de beaucoup de formations têtes d'affiche qui versent pourtant dans l'aseptisé et le convenu... Monde cruel.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 4 polaroid milieu 4 polaroid gauche 4