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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Reuno
(chant)

-Pascal
(guitare)

-Phil
(basse)

-Edgar
(batterie)

TRACKLIST

1)Holiday In France
2)No Facho (Dub Spirit)
3)Elvis (Martyr Et Tortionnaire)
4)Les Meutes
5)L'Oeuf
6)Subliminable
7)Justice Pour Tous
8)Le Désordre
9)Nouveau Monde
10)Baise Ta Vie
11)Really Tv
12)Irie Style

DISCOGRAPHIE


Lofofora - Lofofora
(1995) - hardcore fusion - Label : PIAS



Premier album du futur groupe phare du métal français. Dix ans... Il y a dix ans que ce premier opus est sorti et a commencé à alimenter un buzz énorme parmi les jeunes à l'époque. Les hardcoreux et les fans de rock, certains fans de reggae ou de ska, on se surprenait à aimer "Lofo" et à trouver l'album chez les autres. C'est avec Peuh! que Lofofora va réellement s'engager sur la route du succès, mais tout a commencé par ça. Premier essai pour un groupe inclassable, et premier carton: cet album éponyme est accrocheur, varié et déjà très bien interprété. Ça s'appelle un bon début.

Décrire la musique de Lofo est toujours un exercice délicat, surtout au vu de la variété musicale présente sur cet album. Je pense que l'on peut dire honnêtement que la base est hardcore, en particulier en ce qui concerne les riffs de gratte et la manière dont ils se posent sur la batterie. Lofo c'est "jumpy", ça fait balancer la tête et/ou sauter partout, comme le hardcore est censé le faire. Mais la basse est très en avant et insuffle un groove énorme, en particulier lorsqu'il délivre ses lignes de slap bien méchantes. Et il reste le chant, exemple unique. Je pense que si on devait s'amuser à faire un top 5 des meilleurs voix métal françaises Reuno y figurerait forcément (et perso j'y mettrais bien Candice d'Eths, Poun de Black Bomb A et Ben d'Heavenly, mais après c'est juste moi). Reuno est le chanteur polymorphe par excellence, et son charisme vocal sert des textes qui ont forgé la réputation du groupe et su lesquels je reviendrai. Mais en termes purement vocaux il s'affirme déjà comme un rappeur, un chanteur et un hurleur catégorie A voire A+, sachant qu'en plus l'infâme va se permettre en suite de progresser d'album en album. Quand je dis "rappeur", ne vous imaginez pas un style banlieusard-yo, un flow de type hip-hop français clichesque : Reuno c'est un flow mélodique unique. Le simple grain de sa voix parlée est hypnotique, on comprend tout ce qu'il dit et son placement rythmique est nickel. Sur "Baise Ta Vie", son chant fait sauter partout au même titre que les autres instruments.

Et donc aussi il hurle, car comme on l'a dit la base est hardcore. Et il hurle bien, le cochon. Surtout sur les refrains, car les couplets donnent souvent dans un groovy-funky qui lui permet de poser ses textes et son propos avant que les gros riffs du refrain ne lui permettent de laisser libre cours à sa furie. Une chanson comme "Really TV" est un exemple typique de titre qui rend Lofofora inclassable: le riff rock jouissif autant bluesy que groovy du couplet, les alternances hardcore old-school et funk qui passent merveilleusement unifiées par ce chant modulé toujours pertinent, ça impressionne pour un premier album précédé uniquement par une démo-collector. Et les styles cités dans la chanson en question sont savamment saupoudrés sur tout l'album. On peut rajouter le punk dans l'hymne (live, surtout) "Justice Pour Tous", ce qui est logique vu que la base est hardcore. Mais le groupe se permet un titre comme "Subliminable", axé sur un thème jazz (miam, cette basse...) sur lequel Reuno croone avant de partir en hardcore efficace et haineux. On regrette un peu dans ces moments-là que la guitare ne sonne pas suffisamment heavy en saturé, car le son reste trop rock à mon sens et manque de violence quand il en faudrait.

J'ai fait exprès de ne pas évoquer les "tubes" de cet album tout de suite, car le succès de cet album de Lofo s'est aussi fait grâce à une petite brochette de titres explosifs tant au niveau des paroles que de la zique. L'album s'ouvre un échange de répliques devenu immédiatement culte et enquille "Holiday In France", "No Facho", "Elvis", "Les Meutes" et "L'Oeuf". Autant de chansons qui se sont immédiatement imposées comme des "classiques" (et qui le sont aujourd'hui). Ah, ce premier titre et son texte cynique sur l'esprit du vacancier... Les paroles font vraiment mal («Et ça fait marrer les mouettes!»), le titre enchaîne hardcore et passages ragga avec brio, les samples donnent un petit côté néo au tout, yipee.

"No Facho (Dub Spirit)" porte bien son nom et enchaîne des petites merveilles de riffs thrash/heavy/hardcore avec des passages mixtes –gros riff plus voix raggae- puis un long pont ragga-dub. C'est un certain style de "métal français typique" qui est en train de se créer là... Les dernières compilations de métal français permettent de mesurer l'influence énorme du combo. L'histoire d'"Elvis (Martyr Et Tortionnaire)" est vraiment un exemple de réelle écriture dont on peut créditer Reuno. Le riff hypnotique du couplet sert parfaitement ce destin de loser que vous découvrirez vous-même en écoutant la chanson. "Les Meutes" tape également dans le hardcore violent aux accents parfois ragga, et "L'Oeuf" est LE titre qui est resté gravé dans le marbre. Le riff est un exemple d'efficacité incisive capable de faire sauter une foule entière sans souci, Reuno explore son potentiel vocal et le slogan «une seule race pour plusieurs couleurs» reste d'une justesse simpliste plus que jamais d'actualité.


En bref pour un premier effort c'est vraiment plus que pas mal. Le style Lofo des débuts est incroyablement ouvert, intégrant une palette de styles assez imposante. Le charisme vocal et les textes de Reuno auraient pu à eux seuls assurer l'identité du groupe, mais la musique elle-même se permet d'être porteuse d'un style très affirmé. Bon, il reste des titres moins balaises sur l'album, et les influences ragga finissent par sonner redondantes quand on l'écoute plusieurs fois. La recette groove dans le couplet / gros refrain qui crie est également un poil trop usitée. De plus le son bien que clair n'a pas ce côté "mur" qui caractérise les sorties suivantes du groupe. Reuno abuse aussi de certaines formules et les répète jusqu'à plus soif (et lassitude de l'auditeur) comme sur "Le Désordre". Et... Et j'ai fait à peu près le tour des gros reproches à faire à cet album. En conclusion il reste à la fois intéressant, violent, festif, intelligent et bien exécuté. Pour un début ça méritait d'être salué.


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