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CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été mise en ligne le 30 décembre 2007
Sa note : 12/20

LINE UP

-Joe Lynn Turner
(chant)

-Ritchie Blackmore
(guitare)

-Jon Lord
(claviers)

-Roger Glover
(basse)

-Ian Paice
(batterie)

TRACKLIST

1)King Of Dreams
2)The Cut Runs Deep
3)Fire In The Basement
4)Fortuneteller
5)Truth Hurts
6)Love Conquers All
7)Breakfast In Bed
8)Too Much Is Not Enough
9)Wicked Ways

DISCOGRAPHIE


Deep Purple - Slaves and Masters
(1990) - hard rock - Label : BMG



Slaves And Masters… peut-être l’album le plus décrié de Deep Purple avec Come Taste The Band. Ian Gillan fut viré sans ménagement par l’ensemble du groupe (et pas seulement par Ritchie Blackmore), à cause de ses mauvaises prestations scéniques et de son alcoolisme notoire. Deep Purple se retrouve dans la même situation qu’à l’époque de Burn, privé de son chanteur légendaire et prêt à rebondir, à aller de l’avant. Là où les fans espéraient en cachette un remplaçant de la trempe de David Coverdale, ils devront se contenter de… Joe Lynn Turner !

La presse s’empressera de qualifier ce nouveau line-up de Deep Rainbow, il faut dire aussi qu’avec Ritchie Blackmore, Joe Lynn Turner et Roger Glover, les 3/5èmes de Rainbow sont réunis ! Si Turner était très bon avec Rainbow et Malmsteen, le problème de son passage dans Deep Purple est le suivant : il succède à des chanteurs légendaires, donc forcément, face à un Ian Gillan, David Coverdale (et Rod Evans, soyons fou !), il ne fait clairement pas le poids. Il ne deviendra jamais une grande voix du rock, il faut être réaliste. Pourtant, même si ce mélange peut paraître contre-nature au premier abord (un peu comme Ian Gillan ou Glenn Hughes avec Black Sabbath), cette parenthèse Turner n’est pas inintéressante pour autant.

On sent une réelle complicité entre Blackmore et Turner, une osmose même ! Le jeu de Ritchie n’a jamais été aussi fin au sein de Deep Purple, il s’épanouit et retrouve du coup un certain raffinement qu’il avait perdu depuis ses années Rainbow. Le travail sur les guitares est colossal, on peut régulièrement savourer la beauté du son, comme sur l’intro de "Breakfast In Bed" par exemple. Slaves And Masters n’est ni la suite logique de Bent Out Of Shape, et encore moins celle de The House Of Blue Light, c’est autre chose. Le qualifier de simple ersatz de Rainbow serait réducteur, même si on retrouve ici ou là quelques traces (sur les refrains de "Truth Hurts" et "Love Conquers All"… du Rainbow tout craché).

Dès l’intro de "King Of Dreams", les sonorités synthétiques et la rigidité de la production ont de quoi écoeurer… les fans qui s’attendent à un album de Deep Purple bien rock peuvent passer leur chemin. "King Of Dreams" deviendra un classique… non pas de Deep Purple, mais plutôt dans le répertoire de Turner, il suffit de voir l’accueil du public à chaque fois qu’il la chante. Sur "King Of Dreams" ça se joue surtout entre Blackmore et Turner… la voix chatoyante de Turner, le refrain FM très prenant, le jeu de Ritchie tout en retenue : un des morceaux phares de Slaves And Masters, assurément. La section rythmique en serait presque reléguée au second plan pour le coup, même si Ian Paice et Jon Lord disposent de plus d’espace sur les autres titres, plus en tout cas que les bras cassés qui ont accompagné Rainbow durant l’époque Turner.

Slaves And Masters est assez inégal, avec pas mal de bonnes choses et aussi de sacrées daubes. La ballade larmoyante "Love Conquers All" en est une, avec des violonnades ridicules en guise d’intro (à ce titre, le clip vaut vraiment le coup d’œil !). Le refrain de "Too Much Is Not Enough" (le seul titre écrit par Turner et des compositeurs extérieurs au groupe) est atroce également, avec les gros synthés. Les couplets hard rock sont quand même assez sympas. Enfin, ce morceau ne sonne vraiment pas comme du Deep Purple (encore moins que les autres). Le seul titre qui se rapproche du Mark 2 vintage serait "Fire In The Basement", avec des solos blues-rock rappelant un peu ceux de "Lazy". Très classique, téléphoné même ! "Breakfast In Bed" est un autre rock, plus original et nettement plus subtil, il n’y a qu’à écouter l’intro : un des meilleurs titres pour ma part. "The Cut Runs Deep" et "Truth Hurts" prendront toute leur dimension sur scène ; le traitement qui leur est réservé en studio manque de chaleur… tout l’inverse des démos de Slaves And Masters qui sonnent vraiment rock !

Chaque face se termine avec un excellent morceau : "Fortuneteller" sur la face A, magnifique, Deep Purple n’avait sûrement jamais été aussi calme et mélodique, avec encore une fois un superbe duo entre Turner et Blackmore. Avec l’épique "Wicked Ways" pour la face B c’est là où on se rend compte de toute la force que pouvait dégager ce line-up : rythmes enjoués, sonorités orchestrales, un Turner hargneux (si si !), les riffs d’une classe folle du père Blackmore, avec un toucher unique, et une complémentarité guitares-claviers qui forme un mur du son. C’est là où on sent la complicité entre Jon Lord et Ritchie Blackmore. On distingue parfois assez mal les deux instruments, surtout pendant les couplets (à moins d’écouter le disque au casque), la faute au manque de clarté de la production. "Wicked Ways" a cependant un seul défaut : le pont instrumental, qui se contente de reprendre le thème du refrain aux claviers, mais en ralenti. Ce n’est pas un passage mauvais, mais il n’est pas à la hauteur du reste. Ceci dit, ce morceau, réarrangé avec un orchestre symphonique en live, aurait vraiment de la gueule !


L’ensemble du groupe sera fier de Slaves And Masters, à sa sortie au moins, il suffit de lire les interviews de l’époque. Et d’écouter aussi les concerts de grande qualité que Deep Purple donnera sur la tournée qui suivra, l’occasion de jouer "Burn" en ouverture ! Mais il sera assez vite renié, la faute à un accueil mitigé de la part des fans, avec logiquement la peur au ventre de ne pouvoir survivre (commercialement parlant) à l’absence de Ian Gillan.


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