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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 25 décembre 2007
Sa note : 10/20

LINE UP

-Mille Petrozza
(guitare+chant)

-Frank Gosdzik
(guitare)

-Christian Giesler
(basse)

-Joe Cangelosi
(batterie)

TRACKLIST

1)Prevail
2)Catholic Despot
3)Progressive Proletarians
4)Crisis Of Disorder
5)Hate Inside Your Head
6)Bombthreat
7)Men Without God
8)Lost
9)Dogmatic
10)Sculpture Of Regret
11)Celestial Deliverance
12)State Oppression
13)Isolation

DISCOGRAPHIE


Kreator - Cause For Conflict
(1995) - thrash metal indus - Label : GUN Records



Fruit d'une démarche expérimentale naturellement explosive, Renewal aura finalement causé des dommages collatéraux beaucoup plus importants que ce à quoi Mille Petrozza ne devait s'attendre au départ : perte du contrat avec la major Epic aux USA suite à ce flop commercial retentissant, départs de Rob Fioretti puis de Ventor, soit deux des trois membres fondateurs, suite à de fortes dissensions internes apparues peu après… Voilà qui permet de mieux appréhender les fondements d'un album qui sonne comme un véritable « fuck off ».

« Fuck off » à la maison de disques, qui a mollement soutenu Renewal et qui a fait pression sur le groupe pour qu’il revienne à ses racines nettement plus rentables. « Fuck off » surtout à ces fans les plus obtus et étroits d’esprit, qui sans chercher à comprendre l’album, ont déversé leur bile dessus et traîné le groupe dans la boue comme le dernier des pestiférés. Ah ils voulaient du thrash, et bien en voilà ! Et du brutal en plus ! Car jamais, même sur le pourtant très extrême Pleasure To Kill, Kreator n’a sonné aussi brut de fonderie. En ce sens, il s'agit d'un véritable retour en arrière par rapport à Renewal. Même si les velléités indus' n'ont pas été entièrement abandonnées (bruitages sur "Bomb Threat", effets vocaux sur le break de "Catholic Despot"), elles se font nettement plus discrètes au profit d'une production clinique et puissante conçue pour la destruction massive pure et simple. On ne reconnaît même plus le chant de Mille Petrozza qui a troqué ses intonations malsaines pour des vociférations hurlées plus en vogue à l'époque.

A l'instar du jeu très moderne et dévastateur de l’ex-Whiplash Joe Cangelosi (ces déluges de double pédale !), Cause For Conflict fait très mal, notamment son trio de tête. Après une courte intro basse/batterie qui n'est pas sans rappeler le "Milktoast" de Helmet, "Prevail" est une véritable agression sonore très Slayerienne dans l'esprit, quoique nettement supérieure à ce que les bouchers californiens proposèrent sur Divine Intervention. Ecoutez ce break supersonique, où Petrozza rivalise avec De Caunes au niveau débit de paroles ! Les passages bourrins se succèdent sur "Catholic Despot" ou "Progressive Proletarians", et sont également à l'honneur sur des torpilles de moins de deux minutes comme "Bomb Threat" ou "Dogmatic". On notera d'ailleurs que les titres ont une durée moyenne relativement courte, puisque les 13 titres sont expédiés en à peine plus de 40 minutes si l'on tient compte du long blanc à la fin du dernier titre. Revers de la médaille, malgré la puissance dégagée par les titres en question, difficile de retenir quoi que ce soit vu la linéarité de l'ensemble.

Finalement, le plus intéressant au milieu de ce déluge de violence, ce sont les quelques passages qui indiquent clairement la direction que prendra le groupe sur Outcast. Les rares moments où Kreator délaisse son thrash basique pour un heavy sombre et écorché, aux harmonies vaguement désabusées. Cela prend parfois l'allure d'un simple passage au milieu d'une chanson, comme l'intro/outro de "Crisis Of Disorder". Parfois, c'est un morceau entier, comme l'excellent "Lost" ou encore l'intrigant "Isolation" et son intro acoustique, même si tout n'est pas encore au point à l'image d'un "Celestial Deliverance" encore trop brouillon. Néanmoins, à voir tous ces morceaux regroupés en fin d'album, on ne peut s'empêcher de penser que Kreator a voulu lancer un message à ses fans les plus encombrants : « Maintenant que vous avez eu ce que vous attendiez, laissez-nous faire ce que l'on veut vraiment et foutez-nous la paix ». Un choix à prendre ou à laisser, mais qui semble plus honnête que cet album un peu bâtard.


Alors certes, vous pourrez trouver des avis très différents concernant Cause for Conflict. Pour certains, ce déferlement de violence nihiliste est digne des meilleurs moments de la carrière de Kreator. À l'inverse, il y en a d'autres qui resteront de marbre face à ce bourrinage stérile et dénué de génie. Vous l'aurez compris à ces lignes, votre serviteur fait plutôt partie de la seconde catégorie, même s'il ne nie pas une maîtrise évidente dans une approche bulldozer flirtant avec le death. À vous de voir si cet aspect vous intéresse.


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