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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 05 décembre 2007
Sa note : 13.5/20

LINE UP

-Per Spjøtvold
(chant)

-Ketil Sæther
(guitare)

-Snorre A. Hovdal
(basse)

-Kenneth Kapstad
(batterie)

TRACKLIST

1)Intro
2)Terminal Lesson
3)Beast Man
4)Mother Horse
5)Crater Of Excarnation
6)Bone Throne
7)Simian Supremacy
8)Blood (Armed Evolution)
9)Devianthropology pt. 1
10)Mount Improbable
11)Rockbiting Havoc
12)The Armeniac
13)Heinous Hand
14)Darwinian Minions

DISCOGRAPHIE


Goat The Head - Simian Supremacy
(2007) - death metal - Label : Tabu Records



Grouuuuuuuar ? Argeuuug gueug geug ? (bruits de cailloux qui s’entrechoquent). Rnuh fltuuuuugrrrrrRRRrr. Agrrr aougougougougouGrou. Graaar (bruit d’un bâton qu’on brise). Graaaaaaaaar. GraaaaAAAARRRR. Ouga ouga ouga mrrRrAA. Grouuuuar. Gra ? (Mâchouillement de feuilles). Gra ! Gra ! Grouuuuua ! Areuuuh gruuuuuuuu grugru. Gragneuuh gneuh gneuh aaaaaarooôôôôôôargr ! Uuuuhr. Uhr (raclement de terre, puis à nouveau cailloux qui s’entrechoquent).

On croyait avoir tout vu (ou tout entendu), eh bien non. Le death-metal n’avait pas assez de sous genre : en voila un de plus. On connaissait déjà le satanic-death de Deicide ou Vital Remains, le war-death de Bolt Thrower, le gore-death de Cannibal Corpse ou Mortician, le medical-death de Carcass ou Aborted – j’en passe et pas des pires –, eh bien voici devant vos oreilles ébahies, Mesdames et Messieurs, le caveman-death-metal, ou plus communément appelé le death-metal des hommes des cavernes. Partant de là, on peut se poser la question suivante : « oui, certes, tout cela est bien gentil, mais le death, c’est quand même à la base une musique bien souvent primitive. Alors quid de Goat The Head, repoussent-ils les limites du death le moins évolué possible ? »

Eh bien, pas vraiment. Car une fois leur chouette concept sous le bras (poilu), les norvégiens de Goat The Head ont bien été forcés de proposer de la musique. Parce que faire les guignols en peau de bête dans les arbres comme sur la couverture, c’est bien chouette, mais si on veut du primate on regarde La Guerre Du Feu ou à défaut le public d’un concert de Manowar. Et donc au niveau musique, pas de révolution en vue, mais un bon album de death vaguement thrashisant sur les bords. Pas plus primitif qu’autre chose non plus, musicalement parlant, sauf sur un point (non négligeable) : la voix. Car le…hum… « chant » de Per Spjøtvold (également beugleur chez Atrox) est l’un des gros points forts de ce Simian Supremacy (sous-titré « By Means Of Primal Caveman Death Metal »…) tant il se veut primaire, puissant et barbare. Il rappellera vaguement par endroit un mélange de Marc Greenway (Napalm Death) et Max Cavalera (Sepultura, Soulfly) : tout en coffre et en beuglement.

Derrière ce chant digne d’un macaque en rut (parions que le groupe le prendrait comme un compliment), on trouve un death metal de bonne facture, avec des poussées thrashs dans certains riffs. Assez peu de blast-beat, Goat The Head s’efforce – avec plus ou moins de succès - de mettre en avant la puissance en multipliant les riffs headbanguants et les breaks ravageurs. La sauce prend sur quelques titres réellement excellents ("Blood (Armed Evolution)", "Crater Of Excarnation", "Devianthropology Pt1" et surtout le géantissime "Beast Man", véritable hit de l’album) mais tourne à l’aigre par endroit en rendant le groupe plus banal ("The Armeniac" ou "Simian Supremacy"). La production fait vaguement penser à du Slipknot, avec une basse très lourde et bien mise en avant et un son de guitare énorme et crade. Les titres sont plutôt courts sans pour autant tomber dans une optique grind (entre deux et quatre minutes par titre), mais restent du coup compacts et efficaces et ne provoquent pas l’ennui.

Fort donc de son concept original dont on se demanderait presque pourquoi ça n’avait – du moins à ma connaissance – jamais été fait avant, doublé d’un second degré évident (il suffit de voir les photos où les membres du groupes sont – mal – grimés façon homme de cavernes au rabais pour s’en convaincre), Goat The Head a au moins le mérite d’aller au bout des choses en proposant une musique en accord avec leur image. Et de ce fait provoque, sinon la miséricorde, du moins l’indulgence. Parce qu’il faut bien reconnaître que si l’on sépare la musique de Goat The Head de leur concept, les deux entités séparées y perdraient chacune beaucoup. Mais réunies, ça fonctionne bien, de façon certes inégale et chaotique mais qui finalement sied parfaitement à ces primates norvégiens. Goat The Head apporte donc un vent frais dans un monde qui commençait à sentir le renfermé, celui du death-metal.


Là où la majorité des groupes de death (ou death/thrash) jouent sur la haine, la répulsion, l’horreur ou la mort, Goat The Head fait appel à la bête qui sommeille en chacun de nous, et réveille la mémoire ancestrale de nos lointains pères pour nous faire headbanguer tels un babouin ayant trouvé un fruit mûr. Allez, je vous laisse, je prends ma massue et je vais chasser mon dîner de ce soir. Ouuuugahr.


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