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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 26 novembre 2007
Sa note : 13/20

LINE UP

- Vindsval
(guitare+chant)

- Ghöst
(basse)

- W. d. Feld
(batterie+programmation)

TRACKLIST

1)Intro
2)An Element Of Flesh
3)The Sounds Of The Universe
4)Odinist
5)A Few Shreds Of Thoughts
6)Ellipsis
7)Mystic Absolu
8)The Cycle Of The Cycles
9)Outro

DISCOGRAPHIE


Blut Aus Nord - Odinist: The Destruction Of Reason By Illumination
(2007) - black metal mystique - Label : Candlelight



Blut Aus Nord ou le projet d'un seul homme, W. d. Feld, a réussi à se forger une réputation de groupe particulièrement obscur, mystique et énigmatique au fil des années. Il faut dire que ses apparitions dans la presse frisent le néant, les informations sur lui ou ce qui l'entoure sont très difficilement accessibles et sa vision de la musique, du black metal est terriblement personnelle et unique, reposant essentiellement sur une manipulation sonore et l'instauration d'une atmosphère absolument détestable lors de l'écoute de l'album.

Pourtant, le groupe s'était livré avec MoRT, le dernier en date, à l'expérimentation poussée. Néanmoins, ce qui était vrai pour ses précédents méfaits, se révèle à nouveau vrai, même si quelques traces de cette bouffée expérimentatrice subsistent. Ce Odinist (encore un signe de l'affection de W. d. Feld pour les éléments, personnages non terrestres) commence par une introduction faite de bruits sombres, inquiétants comme le veut la tradition. Et débarque le premier riff, impossible de se tromper, il s'agit de Blut Aus Nord. Son extrêmement distordu, disharmonique au possible, manipulé dans ses moindres recoins, il n'est absolument pas conventionnel. Il s'agit du son Blut Aus Nord et de rien d'autre. Il installe une atmosphère pesante faite de cauchemars et d'apparitions ectoplasmiques. Il distille sans parcimonie aucune des injections de peur brute qui cherchent à s'insinuer dans chaque partie de votre être. Blut Aus Nord ou le cancer musical.

Ces impressions de mal-être sont renforcées par l'utilisation tout à fait spéciale qu'a W. d. Feld des riffs. En fait, il faut prendre un riff, et le répéter à l'envi. Les variations sont extrêmement rares dans sa musique. Elles prennent cependant place sous la forme d'utilisation judicieuse des 2 guitares que le projet français s'est mis à disposition. Pendant qu'une répète encore le riff, l'autre part dans un espèce de solo. Il faut prendre ce terme de solo bien dans son contexte, il ne s'agit aucunement de faire étalage de ses capacités guitaristiques, il n'est question que de rajouter une couche de terreur musicale dans cette apologie de la noirceur ravagée. Le groupe rajoute parfois ici ou là quelques sons plus électro, toujours dans une veine noire et dans une perspective de déstabilisation de l'auditeur. Blut Aus Nord ou votre pire thérapeute.

Tout ceci est renforcé par la batterie totalement robotique et mécanique, dénuée de vie donc forcément froide. Son jeu part dans l'hypnotique profond en répétant inlassablement les mêmes patterns, et plus encore que la guitare car elle ne présente pas véritablement de variations dans ses parties ou ses frappes. Elle agit mécaniquement à la chaîne sans se préoccuper du monde extérieur. Et cela l'entraîne dans un bien vilain écueil car elle paraît totalement déconnectée du reste de la musique du coup. Elle sonne comme une apparition intrusive au milieu de ce déferlement de riffs noirs. De plus, son son horriblement boîte à rythme n'est pas agréable du tout. Elle gâche l'atmosphère dérangeante que le groupe s'ingénue à instaurer. Blut Aus Nord ou la maladresse rythmique.

Par-dessus cela il faut ajouter un chant qui s'évertue à aller dans le sens des instruments en ressemblant à un collage de gémissements jamais mis en avant. En effet, ce chant passe plutôt au second plan de la musique. Comme des cris de désespoir lointains dans ce paysage apocalyptique de désolation. Il accompagne fidèlement ces guitares annonciatrices de malheur. Néanmoins, il faut rajouter un gros bémol à tout ceci. Si la répétitivité des riffs apporte indéniablement une atmosphère étouffante, ce principe atteint ses limites à la longue car il plonge l'auditeur dans un état de relatif ennui. Les fans de ce style de musique seront aux anges, ce n'est pas en doute, mais les amateurs de musique froide et dérangeante peu habitués et défiants vis-à-vis de la chose ne pourront pas se plonger corps et biens dedans. Voilà une limite tout à fait constitutive des compositions des Français. Blut Aus Nord ou l'extrémisme trop poussé.


Ce qui fait dire en guise de conclusion que nous sommes en présence d'un album remarquablement jusqu'au-boutiste, sans concession aucune et qui ravira au plus haut point ses fans. Malheureusement il s'agit d'une frange très minoritaire de la population et le reste du public extrême pourra trouver aussi l'ennui dans ces compositions trop répétitives. C'est tout à fait le principe de l'underground extrême donc est-ce un mal ? Probablement pas, mais il faut en être conscient.


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