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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 18 novembre 2007
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Mille Petrozza
(guitare+chant)

-Jörg "Tritze" Trzebiatowski
(guitare)

-Rob Fioretti
(basse)

-Jürgen "Ventor" Reil
(batterie)

TRACKLIST

1)Extreme Aggression
2)No Reason to Exist
3)Love Us or Hate Us
4)Stream of Consciousness
5)Some Pain Will Last
6)Betrayer
7)Don't Trust
8)Bringer of Torture
9)Fatal Energy

DISCOGRAPHIE


Kreator - Extreme Aggression
(1989) - thrash metal - Label : Noise Records





Quand il était petit, Mille Petrozza devait adorer jouer au petit chimiste. Une pincée de ceci en plus, un peu moins de cela… Et voilà comment on passe en à peine 4 ans de Endless Pain, brouillon mal dégrossi, à Extreme Aggression, véritable chef d'œuvre du thrash mondial.



Quels sont donc les nouveaux ingrédients qui font que cette cuvée 1989 est supérieure au Terrible Certainty de 1987 ? Disons, des structures un peu plus aérées, grâce notamment à un gros travail de Ventor pour proposer des rythmiques un peu plus étoffées qu'un simple martèlement en continu de la caisse claire ("No Reason to Exist" ou la plus anecdotique "Don't Trust"). Une excellente production signée Randy Burns, qui offre au groupe un son particulièrement sec qui renforce le côté violent des compositions, basées essentiellement sur des riffs tranchants comme des scalpels. Le mix est également un poil plus équilibré et fait la part belle aux éructations de Petrozza, un peu noyées dans la masse sur la précédente offrande. Et puis surtout, logiquement, il y a des morceaux de très haute volée, avec une rage démente et l'assurance d'un groupe qui se sait dans une phase intensément… kréative.

Il faut dire que l'album commence très fort avec un title track de folie, avec ce long cri de Petrozza qui fait froid dans le dos. Les paroles, qui rappellent inévitablement "Pleasure to Kill", sont un grand moment de littérature avec notamment ce superbe refrain : «Seeing You Suffer Brings Pleasure to Me (…) My Aggressions Become to Extreme to Be Kept Under Control». Et Petrozza se montre très crédible lorsqu'il crache ces paroles… Et par-dessus le marché, Kreator nous éblouit avec ce travail sur les structures qu'il a érigé en véritable science, entre couplet furieusement thrash, pré-refrain plus heavy, refrain qui repart de plus belle et break mid-tempo imparable. On dirait un jeu entre le chat et la souris, quand le chat a déjà mis la souris KO et continue de jouer avec… pour mieux l'achever le moment venu, c'est à dire lorsque lui et lui seul le souhaite. J'entends déjà les grincheux oser un «oui mais c'est toujours la même chose». Pas dénué de fondements. Mais c'est tellement bon…

Quant à l'assurance nouvelle dégagée par Kreator (comme sur cette pochette limite arrogante), c'est une nouvelle fois dans les paroles qu'elle ressort le mieux. C'est le cas dans "Don't Trust" («You can't Believe in Nothing, Insane to Trust in Anything, so I Don't Trust in No One but Myself») et surtout dans la fantastique "Love Us or Hate Us", critique acerbe du music business qui s'ouvre sur un cinglant «Don't Try to Tell Us What is Right for Us, We don't Give a Fuck Anyway» déclamé quasi a cappella. Une nouvelle fois, Petrozza se montre particulièrement convaincant sur des textes vindicatifs, comme sur un "Some Pain Will Last" très martial, où le chanteur se la joue façon prophète de l'Apocalypse sur des paroles témoignant d'une vision du monde des plus pessimistes. D'un point de vue plus général, les thèmes d'Extreme Aggression sont de toute façon assez sombres, comme le court "Bringer of Torture" qui traite de l'inceste, et que Napalm Death reprendra plus tard pour un résultat des plus furieux.

Si l'album démarrait déjà sur les chapeaux de roues, il se termine également en beauté avec "Fatal Energy". Une fois encore, les cassures de rythme sont fréquentes et très bien négociées, mais c'est surtout le break qui se révèle très intéressant. Introduit par un excellent travail sur les toms de Ventor, celui-ci introduit des harmonies de guitare à 2 qui fait immédiatement penser à Iron Maiden. Certes, ce passage est très court, comme si en tant qu'icône du thrash, Kreator ne se sentait pas tout à fait prêt à assumer un tel virage. Il faudra finalement attendre près d'une douzaine d'années avant de voir le groupe confirmer sur cette voie, puisqu'il aura recours à ce type d'artifices typiquement heavy sur Violent Revolution. Voilà en tout cas qui prouve la volonté de Kreator de rester en perpétuelle évolution, qui fait de chaque album un indispensable, à défaut d'être tous de véritables chefs d'oeuvre.


Extreme Aggression reste un des sommets artistiques de la carrière de Kreator, sorti au moment où le groupe avait enfin sa propre patte et en était pleinement conscient. Pleasure to Kill avait permis au groupe de se faire un nom, Extreme Aggression le fera rentrer dans le gotha du thrash, aux côtés des grosses écuries américaines. Voici donc un album maîtrisé de A à Z et qui se révèle d'une froide et redoutable efficacité. A l'Allemande en somme.


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