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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 06 novembre 2007
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jonathan Davis
(chant)

-Munky
(guitare)

-Fieldy
(basse)

+ moult guests

TRACKLIST

1)Blind
2)Freak On A Leash (feat. Amy Lee)
3)Falling Away From Me
4)Creep (Radiohead cover)
5)Got The Life
6)Twisted Transistor
7)Coming Undone
8)Make Me Bad / In Between Days (feat. The Cure)
9)Throw Me Away
10)Hollow Life
11)Love Song

DISCOGRAPHIE


Korn - MTV Unplugged
(2007) - néo metal ambient korn acoustique oriental - Label : EMI Virgin



C'est presque un passage obligé depuis que celui de Nirvana est devenu culte : quand un groupe ou un artiste devient suffisamment énorme, il a droit à son MTV Unplugged. Et autant des chansons à base pop ont une bonne chance de sonner toujours aussi bien une fois transformées, autant des titres à base de riffs risquent de devenir ridicules une fois la puissance et la distorsion envolées. La discographie de Korn présentant des compos appartenant aux deux catégories (parfois en même temps), le suspense était total.

Une énorme différence sépare cet Unplugged de ceux de Nirvana, Alanis Morissette ou Eric Clapton : loin de se contenter de troquer leurs Ibanez K-7 contre des guitares sèches, les membres de Korn ont décidé de profiter de l'exercice pour totalement réarranger leurs titres. Les derboukas et les arrangements orientaux tiennent le haut du pavé, transformant totalement certains titres : le groupe a compris que certaines de leurs chansons ne survivraient pas sans être refondues et a donc tenté le tout pour le tout. Certains passages sont ainsi aux antipodes de leurs équivalents studio : une des guitares de l'intro de "Blind" ainsi que le riff de "Falling Away From Me" ont disparu, la partie grognée de "Freak On A Leash" a laissé sa place à une montée arabisante sur laquelle Amy Lee d'Evanescence fait des vocalises, le pont de "Got The Life" (« dance with me ») est passé d'une déferlante de basse percussive à une montée de gamme à la guitare, et ainsi de suite. En plus des percussions omniprésentes, on peut également compter une section de cordes et un piano pour créer un véritable ensemble musical que Korn utilise au maximum de ses possibilités. Et avec un joli succès par moments.

On s'imagine par exemple difficilement l'entrecroisement de guitares de l'intro de "Freak On A Leash" remplacé par un piano... et pourtant quand le chant de Davis (proprement incroyable sur la totalité du disque) vient se poser sur les accords ça colle tout de suite. Ce titre développe un spectre musical impressionnant : piano mélancolique sur le premier couplet, puissance épique à la "Kashmir" sur le refrain, musique de chambre sur le deuxième couplet... tout ça s'enchaîne avec aisance, la partie centrale évoquée plus haut est superbe et Amy Lee chante toujours aussi bien. Débarassée de ses riffs et basée sur sa mélodie d'intro, le version aux relents parfois afro-cubains de "Falling Away From Me" explose son homologue studio, et "Hollow Life" est fort logiquement une réussite : titre d'Untouchables à la base pop elle ressort enrichie et le chant fantastique de Davis cloue au siège. Le riff de "Twisted Transistor" est repris aux cordes pour un effet oriental automatique et le piano sur « this won't hurt a bit » est saisissant, brisant la monotonie du morceau. Le groupe sait même utiliser la scie musicale avec intelligence sur "Coming Undone" et un "Throw Me Away" superbe et intimiste.

Il y a deux gros morceaux de cultitude sur ce disque : la reprise de "Creep" et le medley "Make Me Bad / In Between Days" avec Robert Smith. Le premier exercice se révèle malheureusement complètement vain ; le morceau de Radiohead étant ultrapop il se prête tellement bien à l'acoustique qu'il reste le même, et le chant de Davis ne se montre pas à la hauteur sur le « she's running out again » où il perd toute la puissance théâtrale de l'original en passant en falsetto. C'est donc une reprise à l'identique en moins bien... Les deux chansons de Korn et du Cure se marient quant à elles fort bien et le medley est judicieusement construit, mais Robert Smith n'assure que sur son titre. Ses interventions sur "Make Me Bad" font peine alors que celles de Davis sur "In Between Days" claquent... l'homme n'est pas à sa place! Derniers soucis : si les compos de Korn se détachent franchement de leurs équivalents studio le recours systématique aux percussions et aux cordes uniformise le tout et les fait se ressembler plus que de raison... et la censure des textes est très énervante. Le « suicide » de "Falling Away From Me" est zappé mais pas le « Son of a bitch! » de "Love Song" : tout ça n'a aucun sens !


C'est donc un bien bel exercice de style que Korn nous a pondu là. Le travail de réarrangement force le respect même si on aurait préféré plus de variations d'un titre à l'autre, et la performance vocale de Davis est une fois encore impressionnante. Ce live est après tout comme les autres albums de Korn depuis quelques années : l'expression d'un groupe qui s'acharne à se réinventer sans cesse pour survivre tout en refusant catégoriquement de tomber dans la facilité. Combien de groupes peut-on créditer d'une telle démarche, pour un résultat aussi bon qui plus est ? Pas lourd...


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