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CHRONIQUE PAR ...

8
Alexis KV
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13/20

LINE UP

-Earl Ruwell IV
(chant)

-Kit Wray
(guitare)

-Rob Shaffer
(guitare)

-Joshua Thiel
(basse)

-Matthew Gossman
(batterie)

TRACKLIST

1)Century II
2)Empty Shell
3)Dead Before I Stray
4)Guardian
5)Inexorable
6)Fortitudine
7)Beyond Treachery
8)None Shall Pass
9)Prologue...

DISCOGRAPHIE

The Design (2005)

Into The Moat - The Design



Pour Into The Moat, dans l'ombre d'un futur cauchemardesque, il n'y a que la guerre et la folie. Un sample de rafale d'arme automatique comme indice et l'expression «riff mitraillette» prend tout d'un coup son véitable sens. The Design nous dresse le tableau sonore d'une guerre avec des compositions qui oscillent entre la technicité de Meshuggah et les délires de Mike Patton, n'ayant aucunement peur de l'expérimentation pure et dure. Du war metal aux frontières de l'extrême, avant-garde, une esquisse de ce que l'on peut faire en poussant les instruments et les structures musicales dans leurs derniers retranchements.

Originaires de Floride, les musiciens du groupe ont logiquement hérité du lourd passif death metal de la région, ce qui se ressent surtout dans une partie de vocaux agressifs, la lourdeur des riffs et la production. Mais ils puisent dans tous les styles extrêmes comme le hardcore (pour les vocaux hurlés), le black metal, le grindcore; peu importe le riff, pourvu qu'il y ait la brutalité. Essayer de répertorier toutes ces influences et de déceler le nombre de changements de rythme par minute est un exercice assez vain avec Into The Moat: dans une bonne moitié des compositions ("Dead Before I Stray", "Guardian", "The Inexorable", "None Shall Pass") aucun plan ne dure plus de vingt secondes, les mesures plus alambiquées les unes que les autres s'enchaînent sans relâche. Une déflagration de cymbale est entrecoupée par les notes traçantes jaillissant à l'improviste derrière les cris désespérés du chanteur, aucun répit, aucune issue (bon, vous pouvez toujours appuyer sur pause ou stop).

The Design est construit de manière à présenter un parfait reflet de la guerre, de son aspect chaotique et propice à la folie. Les interludes acoustiques aux sonorités très jazzy entre deux blast beats épileptiques renforcent ce côté malsain et schizophrène, atteignant son apogée à la fin de l'album ("Beyond Treachery"). Dans cette cacophonie ambiante, quelques passages arrivent à s'imposer un peu et à instaurer un semblant d'ambiance avant d'être balayé par la prochaine vague de riffs dissonants (l'intro pesante et boiteuse de "Century II", rappelant une avancée de chars; la guitare acoustique et les nappes aériennes de synthé dans "Prologue", morceau clôturant l'album, et bien évidemment consacré aux morts).

Car là où le bât blesse chez Into The Moat, c'est que ce jusqu'au-boutisme forcené ne donne au final que très peu de plages sur l'album méritant vraiment le nom de «chanson». S'il a la prétention d'être un album conceptuel comme, au hasard, Delirium Cordia de Fantômas, l'album se perd un peu dans sa trop grande technicité. Il n'évoque pas grand-chose d'autre que la désagréable sensation d'être pris sous le feu d'un assaut, amène finalement peu de frissons et inspire plutôt des images, rendant le processus d'assimilation de l'album très différent des disques «habituels »(pas question de l'écouter d'une oreille distraite celui-là). Même s'il ne dure qu'un peu plus de trente minutes, The Design est très long, à la limite du pénible et épuisant à écouter, sauf si l'on est à la recherche de sensations complètement différentes et de musique alternative qui mérite pleinement cette étiquette.


Vu le jeune âge des musiciens, on est en droit de se demander si c'est un délire de jeunesse bien maîtrisé qui restera au placard, faute de pouvoir renouveler le concept, ou bien le début d'une longue et prometteuse carrière? A suivre…


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