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CHRONIQUE PAR ...

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Fly
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Mark Hollis
(chant+claviers)

-Tim Friese-Greene
(piano+claviers)

-Paul Webb
(basse+chant)

-Lee Harris
(batterie)

+ divers

TRACKLIST

1)Happiness Is Easy
2)I Don't Believe in You
3)Life's What You Make It
4)April 5th
5)Living in Another World
6)Give It Up
7)Chameleon Day
8)Time It's Time

DISCOGRAPHIE


Talk Talk - The Colour Of Spring
(1986) - pop rock - Label : EMI



Écouter d’une traite les cinq albums de Talk Talk est une expérience fascinante qui permet de prendre toute la mesure de l’évolution qu’a connue le groupe au cours de sa (relativement) courte carrière. En effet, comment, en l’espace de quelques années, cet inoffensif petit quatuor anglais a-t-il pu passer du statut de pâle copie de Duran Duran (The Party’s Over) à celui d’un groupe capable de produire des albums tour à tour visionnaires, modernes et intemporels? La réponse se trouve en partie sur leur troisième album, le brillant The Colour Of Spring.

Si la sortie de It’s My Life avait permis de constater que la formation possédait un talent et une personnalité au-dessus de la moyenne (notamment grâce à la voix unique et expressive de Mark Hollis, qui transcende même la plus banale des chansons), elle mettait cependant en lumière le carcan duquel le groupe n’avait pas encore vraiment réussi à s’extirper. C’est ce carcan qu’ils allaient s’évertuer à faire exploser définitivement à partir de l’enregistrement de The Colour Of Spring, sous l’impulsion de l’âme du groupe, Mark Hollis. Ce dernier a alors enfin trouvé, en la personne de Tim Friese-Greene (claviériste et producteur de la formation depuis leur deuxième album), le complice idéal qui allait lui permettre de laisser s’exprimer totalement ses ambitions musicales. Tout en gardant une approche résolument mélodique, Talk Talk va considérablement élargir sa palette en misant sur des structures plus complexes et une instrumentation d’une richesse époustouflante.

La froideur des synthétiseurs et de la batterie électronique est déjà loin et fait place à un son naturel et acoustique, principalement axé sur la piano et la guitare, qui met en valeur le travail des musiciens et la beauté des compositions. Le morceau d’ouverture, "Happiness Is Easy", en est l’exemple parfait : chaque instrument prend sa place et intervient par de subtiles touches qui accentuent progressivement l’irrésistible mélodie vocale chantée par Hollis (soutenu de manière surprenante par un chœur d’enfants pour le refrain). Musicalement, le groupe est à son apogée et Mark Hollis trouve le moyen de composer des morceaux à la fois complexes et accessibles. Le succès commercial d’un titre comme "Life’s What You Make" It ne repose pas uniquement sur la popularité du groupe à l’époque; il tient également de son originalité : une structure répétitive (la même phrase de piano jouée en boucle) portée par la pulsation de la batterie, sur laquelle se greffent un riff de guitare, des nappes de claviers et la voix expressive du chanteur. Le résultat? Un classique intemporel.

L’album sert de creuset à la nouvelle approche du groupe et privilégie les rythmes mid-tempo et lents, qui laissent tout le temps aux mélodies de s’épanouir. À côté de morceaux évidents tels que le puissant "Living In Another World" (sur lequel ruisselle l’orgue du grand Steve Winwood) ou le superbe "I Don’t Believe In You" (marqué par un solo de guitare minimaliste de Robbie McIntosh), Hollis et Friese-Greene se permettent d’expérimenter des arrangements plus audacieux (l’utilisation des cuivres et du mellotron sur l’hypnotique "April 5th" ou la présence d’une chorale sur "Time It’s Time") ou de jouer sur les silences (le sublime et essentiel "Chameleon Day", sorte de court prélude à Spirit Of Eden), apportant ainsi une profondeur supplémentaire à des compositions déjà remarquables.


Même si The Colour Of Spring est clairement un album de transition, il réussit malgré tout l’exploit d’être la pièce maîtresse de la discographie de Talk Talk en mariant de façon magistrale l’évidence mélodique à l’expérimentation raffinée. À mi-chemin entre les deux « périodes » du groupe, The Colour Of Spring demeure le témoignage le plus éclatant du talent hors du commun de Mark Hollis.


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