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CHRONIQUE PAR ...

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Fly
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 18/20

LINE UP

-Steven Wilson
(chant+guitare+piano)

-Richard Barbieri
(claviers)

-Colin Edwin
(basse)

-Gavin Harrison
(batterie)

TRACKLIST

1)Fear Of A Blank Planet
2)My Ashes
3)Anesthetize
4)Sentimental
5)Way Out Of Here
6)Sleep Together

DISCOGRAPHIE

Stupid Dream (1999)
Lightbulb Sun (2001)
Recordings (2001)
In Absentia (2002)
Warszawa (2004)
Deadwing (2005)
Fear Of A Blank Planet (2007)

Porcupine Tree - Fear Of A Blank Planet
(2007) - rock prog - Label : Roadrunner Records



Qu’a-t-il bien pu se passer dans la tête de Steven Wilson? A-t-il pensé qu’il ne pouvait pas s’engager davantage dans la voie de la métallisation de sa musique sans finir par se répéter? A-t-il voulu faire un pied de nez à tous ceux qui pensaient que son groupe avait définitivement adopté un style lui permettant de percer commercialement? Le succès relatif du précédent album lui a-t-il donné envie de profiter de cet intérêt médiatique pour proposer une musique moins abordable? Ou s’agit-il au contraire d’une tentative à peine déguisée pour amadouer le public prog?

Impossible de répondre à toutes ces questions. Inutile surtout, quand le résultat atteint un tel niveau de perfection et de maîtrise. Fear Of A Blank Planet est en effet un disque éblouissant, qui captive l’auditeur de la première à la dernière note. Se pose alors la seule question vraiment importante : et s’il s’agissait tout simplement du meilleur album de Porcupine Tree? À première vue, cette affirmation peut paraître exagérée, surtout pour les fans qui imaginent mal comment le groupe pourrait surpasser des chefs-d’œuvre tels qu’In Absentia, Lightbulb Sun ou même Signify [rayez les mentions inutiles]. Et pourtant. Aussi surprenante soit-elle, cette impression semble s’imposer d’elle-même à mesure que les écoutes s’accumulent et que notre esprit s’abandonne.

Premier constat et première prise de risque : le nombre et la durée des morceaux. Six pièces de plus de cinq minutes, dont un monstre de plus d’un quart d’heure. De quoi refroidir ceux qui se sont habitués aux formats plus courts qui parsemaient les derniers albums. De quoi faire douter aussi les plus acquis à la cause, car si "Anesthetize" est raté, l’album sera forcément un échec. Bref, c’était quitte ou double. Pourtant, et aussi improbable que cela puisse paraître, l’ensemble est d’une cohérence exceptionnelle. Cette cohérence tient en partie des thèmes abordés (le mal de vivre d’une jeunesse accro à la télé, aux jeux vidéo, à Internet et aux médicaments) et du climat général du disque. Un sujet a priori glauque et cliché, mais qui colle parfaitement à l’ambition du groupe et au style profondément mélancolique de sa musique. Surtout, c’est la construction impeccable de l’album qui le rend si fascinant.

Premier morceau d’une telle durée depuis plus de dix ans pour Wilson et sa bande, "Anesthetize" est bien entendu la pièce de choix de l’album. S’il faut plusieurs écoutes pour en apprécier pleinement les nombreuses qualités, certains éléments saisissent dès le départ : le magnifique solo d’Alex Lifeson, le jeu flamboyant de Gavin Harrison, le court intermède de furie métallique et les sublimes harmonies vocales de la dernière partie. On se rend par la suite compte que les trois parties s’enchaînent parfaitement et constituent un tout formidablement bien agencé, qui ne sonne pas comme un collage d’éléments disparates. Mais l’aspect le plus intéressant de ce pavé est certainement le fait qu’il s’intègre sans problème au reste de l’album et ne crée aucun déséquilibre par rapport aux autres chansons. Ce qui en dit long sur la qualité de ces dernières.

Chacun des cinq autres morceaux est une petite merveille en soi, à tel point qu’il devient difficile de les classer ou même de leur trouver le moindre petit défaut. Dès les premières mesures du morceau titre, on sait que l’on a affaire à un album de haut calibre. Rythme implacable, riffs acérés, refrain aérien et paroles acerbes, tout dans cette chanson confine à la classe totale. Le titre suivant, "My Ashes" enfonce le clou avec sa mélodie d’une beauté surnaturelle et ses divins arrangements de cordes. Étonnamment, c’est le morceau le plus « normal » de l’album qui touche le plus la corde sensible : "Sentimental" est une réussite éclatante et frappe directement au cœur. Peut-être que ce sont les réminiscences qu’il crée en nous qui en font la magie, tant les évocations d’anciennes chansons du groupe y sont évidentes (le piano de "How Is Your Life Today" et le riff acoustique de "Trains"). Le groupe y est en tout cas impérial.

Sur les deux derniers titres, l’album quitte le terrain de la mélancolie pour aborder des contrées encore plus sombres. L’ambiance apocalyptique de "Way Out Of Here" est particulièrement impressionnante (sans parler des paroles et du refrain désespérés). Les soundscapes de Robert Fripp y passent légèrement inaperçus, mais le travail de la section rythmique est en revanche digne de mention, en particulier sur les passages métalliques d’une redoutable efficacité. Quant à "Sleep Together", s’il met peut-être un peu trop de temps à se développer (renouant ainsi temporairement avec certains défauts du passé), il bénéficie malgré tout d’arrangements de cordes proprement hallucinants qui lui donnent une dimension tout à fait singulière. De quoi finir l’album sur une note plus que favorable.


Fear Of A Blank Planet est-il vraiment le meilleur album de Porcupine Tree? Impossible de l’affirmer avec certitude, car seul le temps nous le confirmera. Toujours est-il qu’il s’agit d’un tour de force, fruit de musiciens au sommet de leur art. Une sorte de condensé du savoir-faire de Steven Wilson qui, non content d’être un maître du son (ce dernier retrouve d’ailleurs toute la chaleur qu’il avait perdue sur Deadwing), prouve qu’il est capable de se surpasser sans renier ce qui fait son talent. Si certains voudront y voir une certaine forme de stagnation, d’autres s’en satisferont pleinement en le savourant sans arrière-pensée. Et ils auront bien raison.


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