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CHRONIQUE PAR ...

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Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 22 octobre 2007
Sa note : 14/20

LINE UP

-Daniel Ekroth
(basse)

-Carl Birath
(chant)

-Roger Johansson
(guitare)

-Marcus Jonsson
(batterie)

TRACKLIST

1)A Ravenous Discharge
2)Unbind My Hands
3)By Habit
4)Depleting The Non-Being
5)Into The Cold
6)Breathing The Black Dust
7)Doubt Denied
8)Entangled In Thorn
9)The Magnet Soul

DISCOGRAPHIE

Ikon (2007)

Insision - Ikon
(2007) - death metal - Label : Dental Records



Le death-metal fait partie de ces genres musicaux qui sont condamnés à évoluer dans ce que l’on appelle l’underground, à de rares exceptions près pour les plus gros groupes qui bénéficient parfois des lumières des projecteurs. Et c’est tant mieux pourrait-on dire. La soudaine explosion du genre dans le milieu des années 90 avait précipité les choses, faisant exploser le nombre de formations, dont seulement un petit échantillon d’entre elles était amené à devenir cultes. Retourné dans son relatif anonymat quelques temps après, le death metal connaît depuis quelques années une seconde jeunesse, sans quitter toutefois l’underground. Et c’est de là que proviennent de plus en plus de formations talentueuses, vouées à rester confidentielles mais dont on sait (ou du moins, on espère) qu’elles perdureront et feront leur petit bonhomme de chemin dans les caveaux humides et moites de l’underground.

Cette « nouvelle génération » qui remplit la section death-metal des disquaires bénéficie, par rapport à ses illustres aînés, de certains avantages. Tout d’abord, un héritage riche : le genre n’est plus à créer, il l’a été par ses plus grandes légendes, et même si l’innovation est toujours possible on va maintenant chercher dans le mélange avec d’autres styles (hardcore, black-metal…) pour la trouver. Cet héritage constitue à la fois un avantage parce qu’il permet l’inspiration mais aussi un inconvénient car il condamne très souvent à la redite. Autre avantage de faire partie de cette relève du death, c’est la production qui s’est globalement énormément améliorée. Dans le death, une part non négligeable – comme dans le metal en général, mais plus encore dans le death - de la puissance vient du son des guitares, de la batterie, bref : de la production globale de l’album. Or de nos jours, c’est monnaie courante de bénéficier d’un mur sonore qui donne tout de suite une patate monstre à un album.

Alors bien sûr, une production en béton ne sauvera pas un mauvais album (encore que…) tandis qu’une production toute pourrie peut flinguer d’excellentes compositions, mais ce cas-ci est de plus en plus rare. Insision bénéficie clairement des deux avantages évoqués ci-dessus : un héritage indéniable des ténors du death des années 90’ (en vrac, citons Sinister, Immolation, Suffocation et Cannibal Corpse) et les bénéfices d’une production des années 00’, c'est-à-dire digne d’un char d’assaut. Partant de là, et mettant de côté toute velléité d’innovation, Insision nous sert là un album de death efficace et brutal. Y a pas à chercher midi à quatorze heures : c’est du death-metal pur jus, bien gras, avec un Carl Birath au growl bien caverneux et râpeux comme durant l’âge d’or du death metal, où le doublage avec un chanteur plus orienté screamo ou hardcore ne faisait pas encore partie du paysage du genre.

Ce retour aux racines légèrement old-school (et ce n’est pas péjoratif) ravira tout amateur de death tant le produit remet au goût du jour les ingrédients de l’album de death passe-partout. Gros riffs, changements de rythme, blast-beat et growl sont légion durant les neuf titres de ce Ikon auxquels on ajoute une technique instrumentale présente sans être démonstrative. Les titres sont relativement courts, oscillant entre deux et quatre minutes (sauf pour un titre qui culmine à six minutes trente), le tempo globalement rapide, les structures des titres étant elles assez simples mais variées et le tout dégage une cohérence à souligner. Le groupe ne s’embarrasse pas de soli (ou alors vraiment courts) et la recherche de puissance prévaut sur celle de la mélodie. Le long titre du lot "Into The Cold" dénote par sa durée et son tempo très ralenti, mais permet une respiration bienvenue pour l’auditeur, le reste étant tout de même très intense.


Soulignons le beau digipack qui emballe le CD, orné d’une pochette bien représentative des canons des thèmes liés au death metal (à la Deicide, détournement d’un symbole ou d’une icône – d’où le titre de l’album – chrétienne). L’album est basé sur le concept de Satan et autres valeurs ésotériques sulfureuses, et le livret s’orne des trop classiques gravures de Gustave Doré. On l’a dit, rien dans l’approche du style par Insision ne dénote une volonté de se démarquer ne serait-ce que d’un iota de ses aînés. Alors si l’album avait été mauvais, ç’aurait été tendre la trique pour se faire battre, mais là on ne peut que leur passer ce côté stéréotypé et se réjouir d’avoir entre les mains un album efficace et maîtrisé qui remplit fort bien son office, sans pour autant briguer une place dans le panthéon du genre. Mais qui pousse tout de même à croire que le death metal n’est pas le genre si moribond qu’on a bien voulu le faire croire il y a quelques années.


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