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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-David Bowie
(chant+instruments)

-Tony Visconti
(guitare+basse)

-David Torn
(guitare)

-Matt Chamberlain
(batterie)

TRACKLIST

1)Sunday
2)Cactus
3)Slip Away
4)Slow Burn
5)Afraid
6)I've Been Waiting For You
7)I Would Be Your Slave
8)I Took A Trip On A Gemini Spaceship
9)5:15 The Angels Have Gone
10)Everyone Says "Hi"
11)A Better Future
12)Heathen (The Rays)

DISCOGRAPHIE


Bowie, David - Heathen
(2002) - pop - Label : Columbia



Alors le voilà, cet album tant controversé, qui a fait hurler à la moitié de la terre (exagérons, tant qu’à faire): « Oh oui, Bowie est de retour avec un chef d’œuvre! » tandis que l’autre moitié baragouinait un sommaire: « Bof, c’est mou du genou… ». Et qui se tape cette chronique? Bibi, bien sûr. Aller, assez palabré, attaquons-nous à ce disque. Alors, «chef d’œuvre» ou «bof»? Inutile de vous faire languir plus longtemps, je casse le suspens: il y a à boire et à manger. A boire car on a le droit à un joli retour sur l’univers spacio-glamour 60s typiquement Bowien; à manger car ce retour n’implique absolument pas de régression musicale, bien au contraire. Alors non, pour moi cet album n’est ni le chef d’œuvre mésestimé ni l’album pompeux qu’on voudrait en faire, c’est juste un excellent album du Ziggy, qui pourra aussi bien ravir le fan acharné que l’auditeur moyen – le syndrome pop est toujours en action.

Quand je parlais de come-back (musical! Bowie a depuis longtemps fait le sien), les premières notes de "Sunday" suffiront à vous le prouver. Une structure simple à souhait, une mélodie flottant sur une nappe de chœurs synthétique, caressant doucement la voix d’un Bowie décidément meilleur chanteur que jamais, et la douce monté crescendo d’un voyage aérien qui vous entraînera planer sur un long lambeau de paix. Ce seul morceau vous fera immédiatement palper l’atmosphère du nuage de hertz sur lequel vous êtes embarqué. « Mesdames-messieurs, attachez vos ceintures, le vol Heathen est prévu sans aucunes turbulences. »

Le ton est donné, et il est bigrement bon! Vous ne trouverez ici aucune agression sonore, inutile de chercher la furie qui animait le provocateur fumeux que vous croyiez connaître. Même les titres les plus violents de l’album ("Afraid" et "I Took A Trip On A Gemini Spaceship") s’appliqueront à ranger la distorsion au placard et à rencarder la batterie sur un lit de soie. Gentiment installé, notre groupe n’a plus grand-chose d’une formation rock classique, à part sur les morceaux les plus simples ("Cactus" en tête, mais c’est la faute aux Pixies). L’électronique primera, avec un bon point très net sur les guitares, pratiquement concassées à la multi-effets. Seule la section rythmique réussira à se sauver, en proposant des lignes de basse très intelligentes (et surtout audibles, vive la production made in Visconti) et une batterie discrète mais assurée.

S’étant assuré l’accompagnement d’un ensemble de cordes, ce qui coïncide parfaitement avec le son languissant de l’album, celui-ci fait des merveilles sur "Everyone Says «Hi»", titre qui serait resté très banal sans cette apparition. De même sur "I Would Be Your Slave" titre étonnant qui ressemblerait presque à du trip-hop! Référence au "I Wanna Be Your Dog" des Stooges? Probable, surtout quand on sait qu’Emilie Simon a elle-même fait une reprise de ce dernier titre. Tout coïncide, je vous dis! Même "A Better Future", par son extrême naïveté, arrivera à nous séduire le temps du break central. Tout cela coïncide d’ailleurs tellement qu’il en faut peu à notre popeux pour nous en mettre plein la vue, et c’est à coup sûr une belle démonstration de force que ce "5:15 The Angels Have Gone". Sur une base d’une simplicité presque scandaleuse, Bowie va porter tout un morceau sur sa seule voix, ici magnifique, alternant les émotions comme il abattrait des cartes vocales. Poseur opportuniste, avez-vous dit? Sacré bon chanteur pour un poseur… Et quand bien même le Bow’ serait un opportuniste, Visconti n’en est pas un, et nous gratifie d’une production et d’arrangements (je n’ai pas peur de le dire) quasi-parfaits. Tout sonne comme la beauté incarnée dans une onde sonore, on sent chaque vague couler et chaque bulle éclater. Rares sont les albums sonnants aussi purs que celui-ci, la seule écoute de "Sunday" devrait vous convaincre de la clarté toute en retenue de Heathen.

A force de parler de beaux morceaux qui calment, vous allez finir par croire que cet album est une ôde au sommeil. Du tout, le disque comporte ses moments d’excitation. On ne peut s’empêcher en écoutant Heathen, de remarquer la nette division des morceaux. Loin d’être un défaut, on y verrai plus une juxtaposition de morceaux calmes et doux, à écouter tranquillement sur son lit en abusant des substances pacifiantes; et de morceaux parfaitement taillés pour le live, "Slip Away" représentant la perle de ce côté-ci. Avec ses couplets langoureux et son refrain à entonner en masse, nul doute que Bowie a parfaitement atteint son objectif sur ce morceau: fédérer des peuples entiers autour d’un hymne (qui, au passage, ne veut strictement rien dire, une constante chez Ziggy…). "Afraid" et "I’ve Been Waiting For You" font également parti de ceux-là, le premier avec la bataille acharnée d’une basse solitaire combattant une armée de violons (bien évidemment, les violons gagnent à la fin, c’est honteux!), le second avec la guitare acide de Dave Grohl qui vient le temps d’un break chatouiller les fesses de la pop-music (remarquons également la participation de l’immense Pete Townshend sur "Slow Burn").


Que cela soit dans la douceur ou la célébration, tout tient la route. D’une originalité indécente? Sûrement pas, juste de la pop. Notre Bowie a tout intégré, il maîtrise ici son sujet avec excellence. Alors, «chef d’œuvre» ou «bof»? A vous de jugez, moi j’y retourne…


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