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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 19/20

LINE UP

-David Bowie
(chant+guitare+saxophone)

-Mick Ronson
(guitare+piano)

-Trevor Bolder
(basse)

-Mick Woodmansey
(batterie)

TRACKLIST

1)Five Years
2)Soul Love
3)Moonage Daydream
4)Starman
5)It Ain' T Easy
6)Lady Stardust
7)Star
8)Hang On To Yourself
9)Ziggy Stardust
10)Suffragette City
11)Rock' N' Roll Suicide

DISCOGRAPHIE


Bowie, David - The Rise And Fall Of Ziggy Stardust
(1972) - pop rock - Label : EMI



Il y a des jours, je vous jure, où on ferait mieux de rester couché plutôt que d’essayer de chroniquer un disque culte duquel on a déjà tout dit… Que pourrais-je bien vous raconter que vous ne sachiez déjà? Oui, The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars est un chef d’œuvre. Oui vous vous devez de connaître tous les morceaux. Oui, toi qui lis cette chronique et qui ne comprends pas de quoi je parle, tu devrais déjà être en train de courir chez ton disquaire préféré pour l’acheter.

Si Ziggy Stardust est si plébiscité, ce n’est pas la nostalgie pompeuse de quelques rock-critics en manque de 70s qui parle. La preuve, je suis moi-même très jeune (’72 je n’étais pas né, dix ans après je ne l’étais toujours pas) et pourtant je vous recommande cet album. Alors qu’est-ce qui fait la force de ce skeud, me direz-vous? Tout. Oui oui, tout. La mélodique, la rythmique, l’harmonique, les voix, les instruments, l’arrangement, la cohérence, la composition, et tout ce que la musique se doit d’être… Car on est dans la cour des grands, là. On ne parle pas d’un groupe underground qui se doit de faire ses preuves, on parle d’un classique de la pop music. En onze titres, David Bowie et Mick Ronson (qu’on oublie trop souvent) vont définir des lignes conductrices encore observées aujourd’hui. Même les Beatles n’avaient pas prévu ça. En cherchant bien, on doit pouvoir trouver des points négatifs dans ce truc, non? Oh si. Mais pas dans la musique. Uniquement dans le livret. Penchez-vous deux minutes sur les photos… Oui mais c’était la mode, on leur pardonne.

Passé ce bref interlude sur les défauts de ce disque (ça ne fait pas beaucoup, je l’avoue), passons aux bons côtés. En un album, Bowie va réussir le coup de force de donner une image précise à une entité vague: la pop-rock, style confus par nature car mélangeant des bases pop et des racines blues. Tous les titres ici-présents vont devenir des références absolues. Nous avons donc la maquette-type de la ballade pop ("Soul Love", "Lady Stardust"), la maquette-type de la chanson rock dansante ("Suffragette City", "Hang On To Yourself"), la maquette-type du slow déprimant ("Rock n’ Roll Suicide"), la maquette-type de la chanson ratée ("It Ain’t Easy") et tout ce que vous voudrez d’autre. Ce qui choque immédiatement dans ce skeud (et chez Bowie en général), c’est l’étonnante facilité avec laquelle notre Ziggy arrive à pondre des mélodies appréciables par tout le monde (format pop oblige) tout en gardant une bizarrerie atypique propre à lui-même. Imaginez le magnifique riff distordu de "Ziggy Stardust" entre les pattes d’un autre compositeur. Il nous aurait à coup sûr brodé un morceau étrange qui n’aurait pas fait long feu dans l’histoire de la musique populaire. Mais Bowie n’est pas n’importe quel compositeur.

Pour vous en assurer, rien de plus simple. Il suffit de survoler l’album en «shuffle »pour s’apercevoir de la force de notre artiste. Que des tubes potentiels. On est encore un peu loin des étrangetés soniques et autres fantaisies électro-synthétiques ("Ashes To Ashes" par exemple), l’ensemble est plus cadré, moins de prise de risque, mais un résultat sensationnel. Il suffit d’écouter le morceau d’ouverture, "Five Years", pour s’en apercevoir. Un titre idéal pour ouvrir un disque, tout en finesse sur le départ, l’accroche des chœurs au fur et à mesure jusqu’au climax final qui retentit tout en cordes pour une entrée de plein oreille dans un formidable circuit sensitif. Aucune piste n’est négligée, toutes bénéficient d’arrangements splendides (la réédition est excellente), chaque instrument est posé avec brio, que ce soit en section rythmique ou mélodique, pas une seule seconde de brouillard ne vient troubler la clarté du disque. On perçoit chaque subtilité sans avoir besoin de tendre l’oreille, bref: du travail d’orfèvre.

Quand je vous parlais des figures imposées par Bowie et Ronson… Qu’il s’agisse du piano de "Moonage Daydream", de la guitare de "Ziggy Stardust" ou des cordes de "Starman", chaque morceau de ce disque possède une identité propre qui se reconnaît à la première seconde. Tout en restant très cohérent (on parle d’un concept album quand même) dans le choix des compositions, aucun morceau n’est pourtant susceptible de se confondre avec un autre. Tous sont géniaux, écrit avec une verve impressionnante et une accroche immédiate. On pourra reprocher (pas trop quand même) la banalité lassante de "It Ain’t Easy", mais c’est le seul morceau ici-présent qui ne soit pas signé Bowie. Nous pardonnons donc Ron Davies car s’il est inférieur aux autres morceaux du skeud, ce n’est pas non plus de la soupe. Mick Ronson a apporté un soin particulier aux nuances, jouant aux montagnes russes sonores pour susciter le maximum d’émotion à l’auditeur. Nous l’en remercions.

Plus j’écoute ce disque, plus je l’adore. Difficile de croire qu’il est sorti il y a plus de trente ans tant ce qu’il contient est proche (en mieux) de la pop actuelle. Au hasard, écoutez "Hang On To Yourself". Ca ne vous rappelle rien, ces couplets répétitifs qui semblent monter en intensité jusqu’aux rythmiques minimalistes du chorus, en faisant un morceau parfaitement taillé pour le live? Ou ce "Star" tout en chœurs, entrecoupé de battements de breaks, semblant lentement se désagréger jusqu’à l’ultime sursaut final? Je ne sais pas pour vous, mais moi je n’arrive pas à faire l’impasse sur le boulot accompli par notre Bowie quand j’entend, au hasard, le dernier Placebo. Et que dire du final, "Rock ’n’ Roll Suicide"? Probablement un des plus beaux morceaux du Ziggy, posant son texte désespéré et poussant sa voix implorante sur un ensemble de cuivres qui n’en finit pas de gravir les marches de la perfection. Du grand art.


Et comment vais-je terminer cette chronique, hein? De deux choses l’une, soit vous êtes en train de me lire car vous possédez cet album et que vous désirez un complément d’information, savoir ce que les autres en pensent; soit vous ne possédez pas ce disque et vous n’êtes même pas digne de lire ces phrases. Et si je n’ai pas réussi à vous persuadez de courir acheter ce disque? De deux choses l’une, soit je suis très mauvais soit vous n’aimez pas la musique. C’est aussi simple que ça. Mais s’il vous plait, même si j’écris mal, allez acheter ce disque, vous verrez, dans un mois vous me remercierez. Vraiment.


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