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CHRONIQUE PAR ...

18
[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Johnny Cash
(chant+guitare)

-Carl Perkins
(guitare)

-Marshall Grant
(contrebasse)

-W.S. Holland
(batterie)

TRACKLIST

1)Big River
2)I Still Miss Someone
3)Wreck Of The Old '97
4)I Walk The Line
5)Darlin' Companion
6)I Don't Know Where I'm Bound
7)Starkville City Jail
8)San Quentin
9)San Quentin
10)Wanted Man
11)A Boy Named Sue
12)(There'll Be) Peace In The Valley
13)Folsom Prison Blues
14)Ring Of Fire
15)He Turned The Water Into Wine
16)Daddy Sang Bass
17)The Old Account Was Settled Long Ago
18)Closing Medley: Folsom Prison Blues/I Walk The Line/Ring Of Fire/The Rebel-Johnny Yuma

DISCOGRAPHIE


Cash, Johnny - At San Quentin
(1969) - folk country - Label : Columbia



Je m’en souviens comme si c’était hier, ce concert donné par Johnny Cash en pleine enceinte de la prison, ce type mais qui était venu pour nous. Personne ne faisait ça, c’était une gageure à notre époque. Et je suis sur que même maintenant, ce serait impossible à reproduire normalement. D’accord, nous n’étions probablement pas les types les plus fréquentables du monde, mais les mecs et moi avions tous un grand respect pour ce type, plus que pour la plupart des gens que nous connaissions, d’ailleurs. Ces gens ne venaient pas nous voir, et lui qui risquait de mettre sa carrière en l’air en faisant ça, il l’a fait.

Réellement, vous l’auriez entendu dire à la salle : « Je vais vous dire, ce concert va être enregistré et filmé, et ils m’ont dit ‘Tu vas nous jouer telle chanson, telle autre, tu vas te mettre comme ça et chanter comme ci’, mais moi j’en ai rien à faire, je suis venu pour faire ce que vous, vous voulez entendre ! », et sur demande, il a balancé son "I Walk The Line", soutenu à fond par Perkins. Il fallait être là pour comprendre, même la vidéo ne rend pas honneur à ce qui s’est passé ce jour-là. La country et le rockabilly qui s’élevaient dans la salle étaient plus rapides et plus furieux que tout ce qu’on avait entendu dans le genre. Il avait une espèce de rage incontrôlable qui lui dictait d’accélérer le rythme, de nous balancer son "Wreck Of The Old '97" comme un possédé, et de garder le rythme jusqu'au Medley de clôture, toujours à puissance maximale.

C'est des bons souvenirs. Qu’est-ce qu’on s’est marré quand il a chanté "A Boy Named Sue". Cette histoire stupide peut paraître d’une crétinerie sans fin, mais nous en avions besoin, rigoler et s’éclater c’est une des choses qu’on ne peut pas faire derrière les barreaux et qui nous manque le plus. Qu’importe ce que diront les autres, mister Cash nous a fait plaisir. Pensez, après avoir brûlé la salle avec "San Quentin", il a à peine entendu qu’on clamait pour nous la reprendre illico, je pense pas qu'un autre disque au monde comporte deux fois la même piste, si ? Enfin, qu'importent les détails… Dans la même soirée, avoir droit à "I Walk The Line", "Ring Of Fire" et "Folsom Prison Blues", c’est une expérience qui marque, surtout quand vous êtes à l’ombre et que les concerts, vous n’avez même pas les moyens d’en entendre un de loin. Les gars étaient tous abasourdis, je pense que ce qui a réveillé tout le monde c'est lorsqu'il a lancé son « Hello, I’m Johnny Cash », et qu'il a embrayé son laïus pour nous éclater une fois de plus, les Tennessee Three étaient aussi fous que l'audience.

Il suffit d’entendre le bruit qui éclate à chaque phrase assassine de "San Quentin" ou "Folsom". À l’intérieur, c’était une sorte de brouhaha omniprésent, comme pour remercier l’égard de ce chanteur qui avait choisi de lui-même de venir se produire dans des endroits pareils. On l’a remercié à coups de mains et de pieds – mais uniquement dans nos mains et sur le plancher. Et quoi qu’on ait pu écrire, on savait donner notre attention à qui la méritait. On aurait pu crier quand il a entamé la contemplation "He Turned The Water Into Wine" ou bien "Daddy Sang Bas"s – mais non, on l’a écouté, on a patiemment entendu de vieilles histoires de rédemption et de purgatoire, ou reprendre Dylan magnifiquement avec "Wanted Man". On l’a écouté.

D’ailleurs on aurait pu hurler durant tout le concert, on aurait pu faire un raffut de tous les diables, faire les prisonniers, car c’était ce qu’attendaient tous les gens… Enfin, tous les gens qui n’étaient ni le groupe ni nous. Au lieu de ça on est resté attentif, on a donné autant d’attention à mister Cash qu’il nous en a donné lui, en venant nous voir. On applaudissait quand le rythme nous plaisait, on criait que les paroles nous touchaient. Ni plus ni moins. En tout cas pas plus qu’un public libre. Car on n’est pas des monstres, on sait reconnaître les gens proches de nous. Il n’avait sûrement jamais fait de prison lui-même… mais c'est pas grave, lui il était venu nous voir. C’était comme un peu de liberté en sachet. Je te le dis, moi : personne d'autre n'aurait pu sortir un truc pareil.




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