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CHRONIQUE PAR ...

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[MäelströM]
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16/20

LINE UP

-Johnny Cash
(chant+guitare)

-Luther Monroe Perkins
(guitare)

-Marshall Grant
(contrebasse)

-W.S. Holland
(batterie)

TRACKLIST

1)Folsom Prison Blues
2)Busted
3)Dark As The Dungeon
4)I Still Miss Someone
5)Cocaine Blues
6)25 Minutes To Go
7)Orange Blossom Special
8)The Long Black Veil
9)Send A Picture Of Mother
10)The Wall
11)Dirty Old Egg-Suckin' Dog
12)Flushed From The Bathroom Of Your Heart
13)Joe Bean
14)Jackson (With June Carter)
15)Give My Love To Rose
16)I Got Stripes
17)The Legend Of John Henry's Hammer
18)Green, Green Grass Of Home
19)Greystone Chapel

DISCOGRAPHIE


Cash, Johnny - At Folsom Prison
(1968) - folk country - Label : Columbia



Je m’en souviens comme si c’était hier, ce concert donné par ce petit bonhomme antipathique qui se croyait tout permis, même venir chanter des chansons sur Dieu à des prisonniers qui ne lui avaient rien demandé, juste pour faire grossir son compte en banque et s’attirer la sympathie de gens qu’il avait quittés en épousant la célébrité dans l’espoir que sa rédemption convaincrait les dupes. Je n’étais pas de ceux-là, ni moi ni les autres gardiens, nous savions parfaitement qu’il n’avait jamais fait de prison lui-même, il se contentait de donner un sens à sa fortune.

Réellement, vous l’auriez entendu dire à la salle : « Ce concert va être enregistré pour un album publié sur Columbia Records, alors vous ne pouvez pas dire hell, ou shit, ou quoique ce soit d’autre. » Pure et simple provocation ! Nous passions nos journées à tenter de calmer ces déchets de la société, et ce petit chanteur d’on ne sait où vient ici dans le seul but de les exciter d’avantage ! Quelle idée, venir chanter un "Dirty Old Egg-Suckin’ Dog" devant un parterre de meurtriers vociférant des immondices au bruit de sa guitare désaccordée. Dès son "Folsom Prison Blues" qui a résonné dans toute l’entrée, il affichait sa position pathétique d’homme compatissant. Il avait quelque chose à se reprocher, à coup sur, il faisait son chemin de purge.

Et faire venir sa propre compagne sur "Jackson", en pleine cohorte masculine de paumés qui n’avaient pas vu de femmes depuis le dernier remplacement d’infirmière. Et on ose appeler ça de l’art, ces élucubrations sexuelles ? Probablement pas plus que cette motivation hors norme qu’avait ce Johnny Cash pour rouiller nos hommes et leur sortir le cerveau à coup de chansons triviales. Croyez-moi, ce n’est pas ce nain gominé qui nous a appris la sensibilité, et il ne l’a certainement pas fait ressortir chez les prisonniers (quoi qu’aient écrit certains journalistes), ceux-ci n’étant pas à Folsom pour trop-plein d’amitié envers la race humaine, entendez-vous ? Ils me font rire, ces gratte-papiers qui n'ont jamais mis un pied à Folsom.

Ses comparses en plus, ces Tennessee Three et leurs accoutrements de bal costumés qui maltraitaient leurs instruments, peut-être une méthode vaseuse pour se rapprocher de ceux qu’ils considéraient comme violents. Quelle condescendance. La seule chose qui rapprochait ce Cash des pensionnaires c’était son affection pour la drogue et le péché. Entendez-le conter son "Cocaine Blues" ou ses bêtises de "Flushed From The Bathroom Of Your Heart", et peut-être qu’on peut faire un parallèle entre son inconscience et celle de nos détenus. Et encore… Eux, ils avaient eu le cran de faire les choses, lui il admirait leur fierté et tout ce qu'il pouvait faire, c'était chanter ce qu'il était trop lâche pour faire. Un débile prétentieux, voilà tout.

Il n’y avait qu’à être là et entendre ses ridicules « boum-chicka-boum » primaires étalant sa niaiserie percussive. Je préfère encore Sinatra. Et je ne vous parle pas de changement, oh le vieux était capable de faire « boum-chicka-chicka-boum » ) à la place, et tout ce que ça changeait c'est qu'"Orange Blossom Special" ou "The Legend Of John Henry’s Hammer" soulevaient encore plus de tension. Et je ne parle pas de "25 Minutes To Go" et son histoire grossière de détenu patientant pour la corde qui inspira aux détenus une telle ferveur à frapper dans leurs mains. Cet homme était un provocateur, il n’attendait qu’une chose, c’était que la foule se soulève et nous tombe dessus !

Il a été jusqu’à jouer "Greystone Chapel", une chanson qui avait été écrite par un de nos détenus ! Vous auriez vu tous ces criminels, écoutant ce sale bonhomme distiller ses chansons, espérant comme un espoir, comme si cette chanson les représentait. Mensonge, oui ! Quand vous avez des hommes à tenir en salle, vous n’avez pas le droit de leur apporter le moindre espoir. Aucun "Folsom Prison Blues" ne permit à ses pauvres types de sortir d’ici. Pas de liberté pour la racaille, aucune chanson ne change un criminel en agneau du seigneur. C'est comme ça : pas de liberté pour ceux dont on veut se débarrasser. Et ce petit brun qui vient nous narguer avec ses airs de mauvais garçon. Je te le dis, moi : personne d'autre n'aurait pu sortir un truc pareil.




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